
Le château de Camelot était détruit, Lancelot du Lac l’usurpateur avait fui et Arthur était de nouveau le souverain incontesté de l’île de Bretagne. Quelques jours après la bataille, le roi et sa cour se rendirent à l’abbaye de Crucis pour la cérémonie du couronnement. Là-bas, Arthur se recueillit sur la tombe de Perceval et reçut une nouvelle fois, de manière officielle, le titre de roi. Un monument fut aussi construit en l’honneur des chevaliers de la Table Ronde ayant péri sur les bûchers. Après la cérémonie, la Dame du Lac s’entretint avec Arthur. Elle avait croisé, sur le chemin de l’abbaye de Crucis, un vieil homme encapuchonné ressemblant à un voyageur. Il se présenta à elle comme le Dieu Créateur et lui délivra un message. Elle transmit ce message à Arthur : « Lorsque le blanc devient rouge et là où la brume apporte la licorne, contemple les étoiles pour le restant de tes jours ». Le roi fut troublé par cette prophétie et médita longuement dessus. Le soir, dans sa tente, sa femme vint le rejoindre au lit. Arthur lui fit part de ces paroles, lui demandant son avis, mais elle ne l’écoutait pas vraiment. Guenièvre avait autre chose à lui dire, quelque chose de bien plus important que les paroles d’un vieux voyageur : elle était enceinte. Arthur fut enchanté par cette nouvelle et ne pensa plus du tout à ce message énigmatique.
Les semaines suivant la cérémonie du couronnement, Arthur parcourut l’île de Bretagne afin de rencontrer ses sujets et de s’entretenir avec eux. Ils lui jurèrent à nouveau fidélité, comme la première fois, il y a plus de vingt ans. Le roi voyageait léger pour aller plus vite, avec très peu d’hommes. Un jour, alors qu’il traversait lentement une plaine, ses gardes reçurent des flèches et furent désarçonnés. Le cheval d’Arthur fut aussi atteint et il s’écroula à terre. Le roi roula au sol et fut sonné par la chute. En reprenant ses esprits, il vit une demi-douzaine de soldats saxons foncer sur lui. Ils bâillonnèrent le souverain de l’île de Bretagne et l’attachèrent avec des cordes. Il était incapable de bouger ou de parler et vit Olwen la Louve, reine des Saxons, sortir des bois entourant la plaine. Elle se chargea personnellement de ramener Arthur à leur camp dans la forêt, surveillant chacun de ses mouvements. Le soir, alors qu’il était prisonnier, il questionna la reine des Saxons sur ses intentions. Elle lui révéla que Lancelot du Lac l’attendait quelque part et était prêt à se venger. Arthur lui demanda ensuite la raison de son alliance, même après la défaite de l’usurpateur. Olwen lui répondit qu’elle n’aimait guère Lancelot, qu’il n’était qu’un moyen d’atteindre son but final. La reine des Saxons révéla à Arthur qu’elle était une descendante des Aes Sidhe, le premier peuple à avoir vécu sur l’Île de Bretagne, et qu’elle cherchait en réalité à venger ses ancêtres.
Le lendemain matin, le roi de l’île de Bretagne fut réveillé par Olwen la Louve à coups de pied. Il avait très mal dormi à même le sol de la forêt, avec les mains attachées. Deux mercenaires le jetèrent dans une petite cage installée sur un chariot tiré par un cheval. Pendant des heures, ils voyagèrent à travers champs et bois, sous le soleil frappant. Lorsqu’Arthur commença à avoir soif, il demanda de l’eau à la reine des Saxons, assise sur l’animal tirant le prisonnier. À la première demande, elle ne réagit pas, mais à la seconde, elle se tourna et cracha au visage du roi. Il lui demanda ensuite quelle était leur destination. Olwen menait Arthur au repaire secret de Lancelot, là où la mort l’attendait. Alors qu’Arthur commençait à s’évanouir, il aperçut une lumière aveuglante venir de l’autre bout de la plaine où ils se trouvaient. Un éclair transperça un premier mercenaire et le deuxième fut projeté en l’air par une force invisible. La Louve arrêta net le chariot et prit son arc en main. Apparut alors devant la porte de la cage la Dame du Lac, venue au secours du roi. Elle ouvrit la porte avec ses pouvoirs et aida Arthur à descendre. Olwen jura et décocha une flèche vers la fée, mais cette dernière disparut comme par magie pour l’esquiver. Le roi Arthur reprit ses esprits. Il contempla l’étendue de fleurs blanches les entourant, puis se dirigea vers le corps d’un des mercenaires pour lui prendre son arme. La reine des Saxons chercha du regard autour d’elle pour trouver la Dame du Lac. Soudain, elle apparut devant elle, à quelques dizaines de mètres. Olwen la Louve prit immédiatement une flèche dans son carquois et banda son arc, mais Arthur lui planta une épée dans le dos avant qu’elle n’ait le temps de tirer. L’Aes Sidhe s’écroula à terre et son sang vint tacher de rouge les jolies fleurs blanches autour d’elle. Le roi de l’île de Bretagne venait de venger Perceval. Il assista, à genoux et épuisé, à ses derniers instants.
Arthur s’écroula de fatigue près du corps sans vie d’Olwen, au milieu des fleurs blanches, désormais rouges sang. La Dame du Lac vint à ses côtés pour soigner ses blessures à l’aide de ses sorts. Le roi contempla autour de lui les belles fleurs tachées de rouge. Lorsqu’il se releva, lui et la Dame du Lac aperçurent une étrange créature à l’orée du bois. L’air changea en un instant et de la brume s’élevait désormais du sol. À travers la fumée, Arthur avait du mal à distinguer l’animal. Au début, il n’en croyait pas ses yeux. C’était bel et bien une licorne qui se tenait devant lui, cette créature mythique et légendaire. Elle se tenait là, juste devant eux, d’une prestance impériale. L’animal fixa le roi de l’île de Bretagne dans les yeux quelques instants, avant de disparaître, aussi brusquement qu’il est apparu, dans un épais manteau de fumée. C’est alors que le message que la Dame du Lac lui avait transmis résonna dans sa tête. « Lorsque le blanc devient rouge et là où la brume apporte la licorne, contemple les étoiles pour le restant de tes jours ». Pour lui, il n’y avait pas de doute possible, la prophétie de Llywelyn venait de se réaliser. Arthur leva le regard au ciel et scruta l’étendu de bleu au-dessus de lui. Il aperçut un point brillant, se démarquant des nuages flottants. Il se souvint de ses leçons d’astronomie que lui enseignait Merlin lorsqu’il était enfant. Il s’agissait de l’étoile Dolbadarn, la seule à briller en plein jour. Le roi se soumit au destin et prit la décision de construire son nouveau château ici même, dans ce champ de fleurs blanches, et de lui donner le nom de cette étoile.
Les proches du roi arrivèrent rapidement sur les lieux où Arthur vit la licorne, à la lisière du bois. Un camp avait été dressé, et la construction du château de Dolbadarn commença. Le fort fut bâti à l’endroit le plus haut de la plaine, sur une petite colline. Les travaux s’étendirent pendant quelques mois. Cette période fut assez calme, mais des rumeurs d’invasions barbares inquiétaient de plus en plus l’île de Bretagne. Le roi Arthur gouvernait désormais son royaume depuis son nouveau château. Le donjon, une grande tour ronde surplombant les alentours, fut édifiés en priorité. Là, se trouvaient les quartiers du roi, de la reine et de leurs proches, ainsi que l’armurerie et les réserves. Fut ensuite bâti un grand bâtiment rectangulaire, bien moins haut que le donjon, qui comportait une grande salle de réception pour les banquets, ainsi que la salle du trône. Un petit jardin se trouvait derrière ce bâtiment. Enfin, un troisième édifice fut construit, une église et puis en dessous, quelques cellules. Au milieu de tout cela, se trouvait une cour de taille moyenne. Les murailles en pierre étaient en train d’être élevé lorsque les cloches du donjon sonnèrent. C’était l’alerte d’une attaque imminente. Arthur et ses troupes royales se préparèrent immédiatement à combattre. Sur une colline en face de Dolbadarn, se dressait une petite armée. Une tête de loups figurait sur les boucliers des soldats, le symbole des Saxons. Ils criaient vengeance pour leur reine et s’apprêtaient à prendre d’assaut le château encore en travaux. Arthur reconnut immédiatement l’homme à la tête des troupes ennemies, il s’agissait de Lancelot du Lac.
La herse du château de Dolbadarn se leva et les chevaliers protecteurs du royaume sortirent, menés par le roi Arthur en personne brandissant Excalibur. Les fantassins saxons dévalèrent la colline et déferlèrent sur les plaines de fleurs blanches au pied du château. D’un côté, on entendait les cors de guerre donnant du courage aux cavaliers, et de l’autre côté, la clameur des guerriers orphelins galvanisant leur force. Seulement, ces derniers étaient quatre fois moins nombreux et avaient des armes et armures de mauvaise facture. Lorsque les deux armés se rencontrèrent, l’issu de la bataille était déjà écrit à l’avance. Bien qu’animé par un noble sentiment de vengeance, les soldats saxons furent anéantis ce jour-là, par les chevaliers du royaume de Dolbadarn. Ils tombèrent au même endroit où leur reine périt quelques mois auparavant. Si ces champs de fleurs blanches étaient signe de renaissance pour le nouveau royaume, ils étaient au contraire signe de malédiction pour le peuple saxon. Devant ce spectacle tragique, Lancelot du Lac fuit à toute vitesse sur son cheval. Arthur ne pouvait laisser son ennemi juré s’enfuir une fois de plus. Il le poursuivit donc, chevauchant à toute vitesse à travers la mythique forêt de Eos, voisine du château de Dolbadarn. Le malheur s’abattant sur l’ancien chevalier à la charrette, son cheval trébucha et il finit sa course dans les fourrés. Le roi le rattrapa bien vite et il le dévisagea, avec un regard empli de colère, de mépris et de pitié. Arthur tenait enfin l’homme qui lui avait volé sa couronne, il y a plus de dix ans de cela. Celui qui avait causé la mort de tant de chevaliers de la Table Ronde, qui avait tenu sa femme captive et qui était responsable de la destruction du royaume de Camelot.
Un nouveau jour se leva sur le jeune royaume de Dolbadarn, et les premiers rayons du soleil levant, venaient éclaircir la sombre cellule de Lancelot à travers les barreaux de sa fenêtre. Depuis l’intérieur de sa geôle, il pouvait entendre le chant des oiseaux matinaux, heureux de se réveiller, contrairement à lui. Depuis qu’il fut capturé hier par son ennemi juré, le roi Arthur, l’ancien chevalier de la Table Ronde se souvint de tous ses actes. Personne ne pouvait lui pardonner ce qu’il avait commis, alors il chercha, des heures durant, une solution afin de se sortir de cette prison. Vers trois heures de l’après-midi, en suivant le compte des cloches de l’église présente juste au-dessus des cachots, il entendit des pas descendre les escaliers. Il vit Arthur en personne, s’avançant vers sa cellule, le visage fermé. Le roi ne dit pas un mot, fixant son ancien compagnon dans les yeux pendant de longs instants. Il ne disait pas un mot certes, mais on pouvait lire à travers son esprit comme dans un livre ouvert. Arthur se remémora tous les tords qu’il lui avait causé. La capture de Guenièvre, la destruction de Camelot, le meurtre des chevaliers de la Table Ronde, ses amis. Tout d’un coup, Lancelot s’écroula à genoux, sanglotant. Il demanda pardon, du plus profond de son âme. Son interlocuteur restait impassible et ne disait toujours rien. Comprenant que l’approche émotionnelle ne fonctionnerait pas, Lancelot tenta une autre approche. En échange de son exil, il était prêt à lui révéler une information à propos du Graal. Le roi de Dolbadarn fut intrigué et ne prononça qu’un seul mot : « parle ». Lancelot était dos au mur, il ne pouvait rien faire d’autres pour sauver sa vie. Alors, il lui révéla que, d’après ce qu’il avait entendu, le Graal se trouverait sur le continent, dans une chapelle dédiée à saint Laurent. Suite à cette révélation, Arthur, toujours impassible, partit sans dire un mot. Lancelot, désespéré, se mit à hurler, exigeant sa libération.
Le tyran était derrière les barreaux, la Louve reposait avec ses ancêtres et la menace saxonne réduite au silence ; le naissant royaume de Dolbadarn était désormais en paix. Le roi Arthur pouvait enfin se concentrer sur la mission que lui avaient confier les dieux, des décennies auparavant, la quête du Graal. Avec les nouvelles informations que Lancelot lui avait données, il allait reprendre les recherches. Cependant, ce fut le calme avant la tempête. En plein milieu de la nuit, au moment où les oiseaux dorment, lorsque la lune est haute dans le ciel nocturne et que la brise légère souffle sur les fleurs blanches de la plaine, le mal était revenu sur l’île de Bretagne. Après de longues années d’absence, la Réponse était de retour, prêt à tourmenter ceux qui croisent sa route. Lancelot du Lac dormait dans sa cellule, l’esprit probablement plein de cauchemars, lorsque l’homme encapuchonné apparut dans la prison. Il réveilla l’ancien chevalier de la Table Ronde, qui fut terrifié de revoir ce personnage. Tout d’un coup, les murs de sa geôle devinrent les parois d’une grotte glaciale. Il fut moqué et rabaissé par l’énigmatique figure devant lui, qui lui rappela son échec, alors au sommet de la montagne. Puis il disparut, comme il est apparu. Arthur était en train d’étudier et de méditer jusqu’à tard dans la nuit, dans la salle du trône. L’homme à moitié démon, à moitié fantôme, surgit devant lui pour le tourmenter. Mais le roi connaissait ses méthodes, il n’allait pas se faire avoir. De plus, il lui dit qu’il avait eu tort ; ce à quoi la Réponse répondit : « Ce n’est pas pour cela que tu connaîtras ton enfant ». Arthur était agacé de sa présence, et craignait pour la suite, même s’il ne le laissait pas transparaître. C’est à ce moment-là, que le diable se retira du château, laissant le roi seul avec ses doutes. Juste après, Guenièvre, le ventre désormais bien rond, fit irruption dans la salle pour dire à son mari qu’elle avait reçu la visite d’un fantôme menaçant.
Arthur était furieux, le menacer lui était une chose, mais il ne pouvait pas tolérer que ce fantôme du passé s’en prenne à sa femme enceinte. Le nombre de gardes devant la chambre de la reine fut immédiatement doublé et les patrouilles sur les murs du château furent plus fréquentes. Merlin l’Enchanteur et la Dame du Lac mirent au point un pendentif magique qui avait le pouvoir de repousser les forces négatives et de protéger le bébé. Arthur descendit aux cachots pour voir Lancelot. Ce dernier était devenu complètement fou depuis la visite de sa vieille connaissance. Le roi le questionna de longues heures pour tenter d’en savoir plus. L’ancien chevalier de la Table Ronde n’avait plus la force de répondre à aucune question, ni sur ce monstre, ni sur le Graal. Arthur comprit qu’il n’obtiendrait plus rien de lui. Il se demandait désormais ce qu’il allait faire du chevalier déchu. Son cœur lui dicta dans un premier temps la voie de la clémence, mais son esprit lui rappela les nombreuses erreurs qu’il avait commises, et toutes les décisions qui le menèrent dans la situation actuelle. Hésitant et tourmenté, Arthur fit son choix. Le lendemain matin, il réunit ses plus proches conseillers, un grand nombre de guerriers et les serviteurs du château, dans la cour de Dolbadarn. D’un côté, il y avait une estrade sur laquelle était placé un trône pour sa majesté, et de l’autre, une sorte de scène en bois, ornée d’un simple poteau. Le roi s’assit et deux gardes escortèrent Lancelot de sa cellule jusqu’à la scène. Il fut attaché au poteau, pendant que la foule le hua. Arthur se leva, le calme revint et il présenta cet homme comme son ancien meilleur ami, avant de faire la liste de ses crimes. Puis, il lui demanda de faire des excuses publiques et le paria s’exécuta. Le roi, debout, dit ces mots : « Je te pardonne », avant de prendre un arc de derrière son siège et de lui tirer une flèche en plein cœur. L’assemblée assistant à ce spectacle fut pantoise de l’action de leur roi.
Le roi Arthur était confronté aux fantômes de son passé, alors plus proche que jamais de son objectif final. Les nombreux morts pesaient sur sa conscience, lui instigateur de cette quête, il y a maintenant des années de cela. La table ronde était désormais tristement vide. Elle qui fut pourtant construite pour n’être jamais isolée, devenait le tableau d’une profonde solitude. Il apparut vital pour Arthur d’enfin tourner la page de cette mission divine. Il ne voulait plus de ce rôle sacerdotal, être le berger des chevaliers, ce roi qui avait tout donné pour son royaume, cet amant, hanté par un amour incompris. Il devait en finir, accomplir sa destinée. Pour ses dieux, son peuple, ses amis et son enfant. Le Graal sera son artefact salvateur. Il ne restait plus qu’à mettre la main dessus. La piste de Lancelot apparut comme une lueur d’espoir dans sa vie, venant illuminer le plus sombre des spectres. Direction le continent, direction le saint patron des pauvres. Cependant, Arthur ne voulait pas foncer tête baissée, qui sait quel plan diabolique l’usurpateur aurait pu user. Le roi de Dolbadarn envoya alors Venec le contrebandier en mission de reconnaissance de l’autre côté de la Manche. Celui-ci revint quelques semaines plus tard, disant avoir trouvé cette fameuse chapelle de Saint-Laurent. Elle se situerait dans le fond d’une vallée humide, en contrebas d’une ferme cultivant de grands champs. L’emplacement était paisible, comme isolé du reste du monde, l’endroit idéal pour cacher un artefact d’une valeur inestimable. En revanche, le contrebandier conseilla à son roi de voyager bien accompagné. Les clans barbares du continent étaient devenues plus ambitieuses depuis la chute de Rome. Les Francs devenaient de plus en plus menaçant proche des frontières continentales de Dolbadarn. Le roi Arthur décida donc d’organiser une grande expédition.
Pendant des semaines, un grand chantier naval fut mis en place sur la côte sud de l’île de Bretagne. On devait construire un certain nombre de bateaux pour permettre à des centaines de soldats de traverser la mer. Cela paraissait suffisant au roi de Dolbadarn afin de repousser les potentiels envahisseurs francs, ou du moins, se défendre et se replier. Ces semaines d’attente avaient l’air interminables pour Arthur, il avait hâte que son aventure se termine. Dès que la construction des bateaux fut achevée, ils furent mis à l’eau. Les soldats embarquèrent et le roi ordonna le départ immédiat, ignorant les conseils de Merlin qui lui proposa d’attendre le lendemain matin. En effet, la nuit était en train de tomber et le ciel semblait menaçant. L’Enchanteur pouvait sentir les soudains changements d’air, les signes qu’une tempête était imminente. Mais Arthur ne l’écouta pas, après tout, le continent n’était pas bien loin. Trois-quarts d’heure après le départ, il faisait nuit noire lorsque des nuages s’amoncelèrent au-dessus des bateaux. La pluie tombait de plus en plus forte, le vent soufflait de plus en plus violemment. Les vagues grandissaient, comme en haute mer. La situation devenait hors de contrôle, le roi Arthur ne pouvait rien faire. Les soldats à bord paniquaient, précipitant le désastre à venir. Personne ne fut en mesure de sauver l’expédition cette nuit-là. Le souverain de Dolbadarn assista impuissant au naufrage d’un premier bateau, puis leva les yeux au ciel, en signe de désespoir. Il crut apercevoir un visage divin dans les nuages, portant sur lui un regard jugeant. Puis une vague le frappa soudainement et il fut projeté par-dessus bord. Lorsqu’il rouvrit les yeux, le lendemain matin, Arthur était allongé sur le sable de l’île de Bretagne, entouré de débris, d’autres rescapés et de cadavres. Dans son antre, le Spectre rit. Il avait réussi à contrecarrer les plans du fils d’Uther Pendragon une nouvelle fois, une dernière fois.
Le roi Arthur rentra au château de Dolbadarn. La tête basse, il n’avait jamais senti un si grand désespoir. Les chevaliers de la Table Ronde se réunirent pour discuter de l’avenir du royaume suite à cette expédition désastreuse. Leur souverain, la mine totalement dépitée, ne prononça même pas un seul mot. Il avait l’impression d’avoir été trahis. Par les dieux, l’ayant placé sur le chemin de cette quête impossible ; par ses proches, incapables de le soutenir lors de ses plus sombres épisodes. Arthur se sentit si stupide d’avoir cru une fois de plus les paroles de Lancelot du Lac, d’avoir mis tant d’effort dans une toute dernière tentative de contenter le ciel au-dessus de lui. Il se sentait coupable de répéter les mêmes erreurs du passé, et ne pouvait pas rester plus longtemps ici, afin de donner raison une nouvelle fois à son pire ennemi. Le naufrage de cette expédition sera son chant du cygne, ultime tentative de guérir le monde, de la part d’un homme n’ayant jamais suivi son propre cœur. Il retourna placer l’épée dans le rocher et enfonça la poignée, arrêtant ainsi le destin. Le soir, alors que toute la cour patientait l’arrivé du roi pour le dîner, il monta en haut de la tour du château de Dolbadarn, dans sa chambre. Assis sur son lit, il se remémora sa vie. Après avoir tant fait, le roi Arthur avait échoué. Il prit un tabouret, accrocha une corde à la poutre du plafond, fit un nœud autour de son cou, et sauta dans le vite. À travers la fenêtre grande ouverte de la pièce, le coucher de soleil illuminait le corps pendant du roi, l’accompagnant pour son dernier voyage. Dans le ciel, une étoile assista à ce triste dénouement, l’étoile Dolbadarn, qui inspira le roi Arthur pour son nouveau royaume, et qui signifie dans l’ancienne langue des Aes, « le mauvais berger ». Personne ne sauva Arthur cette fois, il expira son dernier souffle. Le Graal était toujours introuvable. Une semaine plus tard, Guenièvre donna naissance à un petit garçon.

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