Épopée de William Bowes – Chapitre 3

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« Kraken », par Russell Marks (vers 2015)

Le capitaine William Bowes, après son discours émouvant, fut intrigué par une étrange plante dans le coin de la cellule. Il y avait une petite fleur rose qui émettait une puissante lumière violette. Elle était magnifique et apaisante. Les prisonniers condamnés à mort se réjouissaient de ce spectacle pendant leurs dernières heures. Ils s’approchèrent pour l’observer de plus près, ils n’avaient jamais vu cette plante auparavant, peut-être une espèce endémique de la région pensèrent-ils. Le capitaine s’approcha et la toucha du bout des doigts. La sensation au contact de sa peau était douce. Il voulait la cueillir pour savoir si elle serait toujours lumineuse, une fois détachée de ses racines. Au moment où il déchira le lien entre cette fleur et le sol, quelque chose d’étrange se produisit. William et tous ses hommes disparurent soudainement, ne laissant aucune trace d’eux ni de leur passage dans la cellule. Quelques minutes plus tard, un garde passa dans le couloir pendant sa ronde. Il ne vit personne derrière les barreaux et donna l’alerte. Tout le fort de la marine anglaise s’activa, pensant que les pirates étaient parvenus à s’échapper par un quelconque moyen. Pendant des heures, les soldats fouillèrent les alentours du fort, les plaines environnantes et les falaises rocheuses, sans trouver aucune trace des forbans. Après plusieurs jours de recherches, ils abandonnèrent, pensant que les criminels devaient déjà être loin et hors de portée. Se sentant humiliée, la marine anglaise annonça tout de même la mort des pirates, pour envoyer un message à leurs confrères des Caraïbes. Un petit nombre de gens furent réjoui par la mort du capitaine William Bowes, mais les autres pleuraient la perte d’un grand marin et d’un explorateur intrépide. Lise apprit également la nouvelle. La jeune femme ne pouvait croire à la mort de son amant, elle qui attendait un enfant.

Le sable était froid contre le visage de William, et l’eau salée remontait sans cesse sur ses bottes et ses jambes. Il ouvra les yeux difficilement, en écoutant la brise marine et le chant des mouettes. Le pirate était allongé sur la plage, comme après un naufrage. Mais il ne savait pas comment il avait atterri ici, aux dernières nouvelles il était dans une cellule, attendant son exécution. Puis, le capitaine se rappela cette étrange fleur qu’il avait cueillie, et maintenant le voilà ici. Lorsqu’il se releva, William vit ses compagnons à quelques mètres de lui, se relevant du sable comme lors d’un lendemain de cuite. À peine reprenaient-ils leur esprit que les pirates virent au loin sur la mer, un étrange bateau s’approcher. Il était long, plat et étroit. Les hommes présents à bord étaient eux aussi interpellant. Ils étaient grands, portaient des armures en fourrures et arboraient de longs cheveux tressés ainsi que de très longues barbes. L’équipage de William était sur ses gardes, mais ils n’avaient aucune arme et ne pouvaient pas se défendre. Heureusement, les guerriers ayant posé un pied à terre, n’étaient pas du tout menaçants. Celui qui semblait être le chef s’approcha de William pour le saluer. Il se présenta comme Ragnar, le fils du jarl de Brenningr, un village à l’est de la mer. Le capitaine pirate était perplexe, il n’avait jamais entendu parler de ce lieu ou de ces hommes. Il demanda ensuite à Ragnar de l’éclairer quant à l’endroit où ils se trouvaient actuellement. Le guerrier lui répondit qu’ils étaient sur la côte du Cairn, tout au nord du royaume de Dolbadarn. William y voyait plus clair maintenant, il se rappela de sa mère lui racontant les légendes du royaume de Dolbadarn, un pays qui s’était éteint quelques décennies avant sa naissance. Le capitaine pirate comprit que lui et ses hommes avaient voyagé dans le temps en touchant cette fleur ; environ 900 ans avant leur époque pour être plus précis.

Le fils du jarl de Brenningr, Ragnar, invita les pirates à son campement pour se reposer. Les guerriers étaient en train de faire une ronde des côtes du Cairn lorsqu’ils rencontrèrent William et son équipage, mais le campement n’était pas loin à pied de la plage où ils se trouvaient. Au bout de quelques kilomètres à peine, ils arrivèrent tous au camp. C’était une toute petite forteresse en bois, entouré de bûches taillées en pic pour la défense. L’intérieur du camp était rempli de tentes où les soldats passaient la nuit. Le bâtiment central en bois ressemblait aux longères de chef dans les villages à l’est de la mer, d’après ce que leur dit Ragnar. Il y avait à l’intérieur, un large foyer, où un feu réchauffait toute la pièce, et une longue table remplie de victuailles. Les pirates furent invités à festoyer avec ceux qui se faisaient appeler « les hommes du nord », bien qu’ils venaient en réalité de l’est. William et ses hommes étaient ravis de retrouver de la bonne viande et de boire à nouveau de l’alcool. Cependant, ce n’était pas du rhum, mais de l’hydromel, ce qu’ils trouvaient beaucoup moins bon. La fête battait son plein, les rires et les chants s’élevaient de la table, et Ragnar fut quelque peu déçu d’avoir en face de lui des gens si incultes sur ses dieux. Alors, il leur raconta pendant des heures durant les histoires d’Odin, le père de tous, de Thor, le dieu du tonnerre, du Valhalla et d’Yggdrasil, et ainsi de suite. William trouvait tous ces contes totalement étranges mais absolument fascinant en même temps. Il n’avait jamais entendu parler de ces « Vikings ». Le capitaine pirate l’interrogea ensuite sur le royaume de Dolbadarn. Le guerrier de Brenningr lui expliqua que son clan avait passé un accord avec le roi de Dolbadarn, Geoffroy. Ils devaient protéger les côtes nord du royaume contre un autre clan viking, celui du terrible Ulrik, en échange de quoi, le roi l’aiderait pour ses futures expéditions à l’ouest.

Tout le monde faisait la fête au camp de Ragnar, heureux de recevoir des invités. Cependant, alors qu’il commençait à faire nuit noire, un cor de guerre résonna à l’extérieur de la grande salle ; c’était le signal d’une attaque. Les guerriers du nord sortirent en attrapant leur hache et leur bouclier. Dehors, de grandes flammes s’élevaient des tentes du camp. Un groupe d’hommes armé se trouvait à l’entrée de l’enceinte ; ils avaient des torches à la main et des cadavres à leur pied. Le chef des troupes, Ragnar, sortit pour confronter les assaillants. Il informa les pirates qu’il s’agissait des hommes d’Ulrik, reconnaissables à leur casque à cornes et à leur peinture de guerre rouge sur le visage. Les guerriers vikings des deux camps brandirent leurs armes et se foncèrent dessus. L’affrontement entre les deux groupes fut musclé et violent, les pirates n’avaient jamais assisté à un tel spectacle. Les combattants étaient de véritable brutes, donnant des coups de hache féroce et des coups de bouclier avec la force d’un ours. Ragnar était sans nul doute le plus impressionnant de tous. Il était aussi puissant que les autres, mais possédait en plus une certaine grâce dans ses mouvements et savait anticiper les attaques de ses adversaires d’une manière remarquable. William Bowes et ses hommes ne pouvaient rester passifs devant ce spectacle, ils devaient aider les hommes qui les avaient si généreusement accueillis. Les pirates prirent de simples épées en acier, à défaut de coutelas finement taillés, et se joignirent au combat. Ginn était tel un assassin furtif dans la mêlée, Elie et James combattaient comme un duo complémentaire et Peter se battait avec une rage égalant sans problème celle des vikings. À l’instar de Ragnar, William se démarquait de ses hommes en étant un excellent guerrier, surpassant les autres par sa bravoure et sa détermination. La victoire semblait proche, mais Ulrik apparut en personne avec du renfort.

Un véritable monstre humain, haut de presque deux mètres, portant un casque en acier trempé aux cornes rouges et coiffé d’une longue barbe rousse fit son apparition dans le camp. Ragnar et ses hommes firent face au chef ennemi, pouvant compter sur le soutien de William et de ses compagnons. Les attaquants ayant survécu au premier assaut se rangèrent derrière leurs alliés fraîchement arrivés, prêt à reprendre le combat à force égale. Ulrick s’avança le premier, brandissant sa longue double hache, et mena ses hommes pour une nouvelle charge. La lutte entre les deux camps reprit ; le sang et la sueur coulaient au milieu des cris de guerre et des bruits d’armes s’entrechoquant. Ragnar fit face à Ulrick, saisissant sa chance de remplir sa mission pour le roi de Dolbadarn. Mais l’homme qu’il combattait ressemblait plus à une bête féroce qu’à un humain. William prêta main forte à son ami viking pour tenter de vaincre Ulrick. Ragnar esquiva la double hache et William profita de l’occasion pour frapper le bras de leur adversaire, qui lâcha la lourde arme par terre. Mais les poings du géant étaient également redoutables. Il coucha le pirate d’un coup sec porté au ventre avant de s’avancer vers Ragnar. Ce dernier recula et se retrouva dos aux portes de la longère. Une charge d’Ulrick brisa les portes et les hommes se retrouvèrent dans la salle du festin. À l’intérieur du bâtiment, se trouvait Erick, le jeune fils de Ragnar, se cachant durant l’attaque. L’enfant poussa un cri de terreur voyant son père à terre et blessé. Ulrick remarqua la présence du garçon. Ses hommes étaient en train de perdre la bataille à l’extérieur, alors la brute décida qu’ils devaient battre en retraite, mais pas les mains vides. Il donna un grand coup de pied au visage de Ragnar, avant de saisir de force Erick et de s’enfuir avec ses hommes.

Ragnar assista impuissant à la fuite d’Ulrick, portant dans ses bras son petit garçon. Le chef viking fut fou de rage, se sentant coupable d’avoir laissé l’ennemi emporté son fils sous ses yeux, sous sa garde. Les pirates, encore au sol dans l’enceinte du campement, reprenant leur force après ce rude combat, assistèrent à la furie de Ragnar, criant au ciel pendant de longues minutes. Aucun de ses hommes ne parvint à apaiser sa colère, jusqu’à ce que William ne pose sa main sur son épaule. Il ne savait pourquoi, mais il reprit soudain ses esprits et avisa que le meilleur moyen de retrouver son fils Erick, était de demander l’aide de ce curieux équipage venu du futur. Le guerrier du nord supplia l’aide du capitaine Bowes. William ne connaissait pas les craintes d’être père, du moins pas encore, mais il reconnut dans le regard de Ragnar, le même désespoir qu’il apercevait dans les yeux de sa mère étant enfant. Évidement qu’il allait accepter, mais il demanda tout de même quelque chose en retour. Lui aussi devait retrouver une personne chère à son cœur, sa bien-aimée Lise. Les pirates voulaient à tout prix retourner à leur époque, mais il ne savait pas du tout comment s’y prendre. Ragnar fut surpris par sa proposition, mais il accepta volontiers de les aider. Sur ce, William Bowes lui raconta toute l’histoire qui les conduisit jusqu’ici. La bataille contre l’Armada espagnole, le trésor de Bart Creed, la malédiction de l’amiral Morgan Lord, jusqu’à cette étrange plante dans la cellule de leur prison en Écosse. Le viking avait du mal à suivre ce récit, invoquant des noms et des lieux qui n’arriveraient que des siècles plus tard. En revanche, Ragnar avait déjà entendu parler de cette mystérieuse fleur, qui donnait le pouvoir de voyager dans le temps. Il promit à William de se renseigner autant qu’il le pouvait, pendant que lui et son équipage partaient à la recherche de son fils Erick.

Ragnar resta au campement pour réparer les dégâts de l’attaque et coordonner la défense des côtes septentrionales de Dolbadarn. Pendant ce temps-là, William et son équipage partirent patrouiller le long du littoral, à la recherche des guerriers d’Ulrick. Personne ne savait où se trouvait son repaire, si tant est qu’il en avait un, mais les hommes de Ragnar rencontraient souvent des petits groupes de bandits, parsemés le long des côtes. Le capitaine Bowes et ses compagnons montèrent pour la première fois sur un drakkar. Cela était étrange pour eux de ne pas être sur un grand navire, avec plusieurs ponts, des hamacs et un nid-de-pie. Ils avaient plutôt l’impression de se trouver sur une grande barque, et se demandèrent comment les vikings faisaient pour traverser les mers avec ça. De plus, l’unique voile n’était pas suffisante pour faire avancer vite le bateau, et les pirates devaient donc ramer. Ils étaient accompagnés de cinq des meilleurs guerriers de Ragnar, qui connaissait bien la région. Sur le drakkar, il y avait assez de provisions dans les tonneaux pour tenir au moins deux semaines. Les hommes étaient convaincus de revenir avant deux semaines, puisque les hommes d’Ulrick pullulaient ces derniers temps. Ils avaient raison, car deux jours après le départ, ils aperçurent un groupe de bandits. Ginn eut alors une idée brillante pour les prendre par surprise. Leur bateau avança à la rencontre des hommes sur la plage. Ces derniers étaient méfiants à la vue de ce drakkar inconnu. Mais il n’y avait à son bord que William et ses amis, qui n’étaient pas du tout vêtus comme des vikings. Il se présenta comme un trafiquant d’hydromel, et expliqua qu’ils avaient détroussé ce drakkar aux couleurs du village de Brenningr. Le capitaine pirate proposa ensuite aux bandits de festoyer. Ils acceptèrent et aidèrent leurs nouveaux amis à décharger les tonneaux d’alcool sur la terre ferme. Seulement, ça n’était pas de la boisson à l’intérieur, mais les hommes de Ragnar.

Les hommes d’Ulrick se réjouirent d’avoir un peu de compagnie et d’animation pour la soirée, eux qui s’apprêtaient à piller un village le lendemain matin. Ils étaient huit, sept en comptant celui qui dormait, et ne craignaient pas une attaque de la part de ces cinq frêles trafiquants. Cette pensée changea soudainement lorsque, alors qu’un bandit voulut ouvrir le premier tonneau d’hydromel, un viking aux couleurs de Ragnar en sortit. D’un coup de hache net, il lui trancha la tête. Puis les quatre autres guerriers sortirent dans la foulée, les pirates sortant leurs armes en même temps. Les hommes d’Ulrick furent totalement surpris et démunis. William et ses compagnons tuèrent tous les bandits, sauf un, pour l’interroger. Après quelques dizaines de minutes de torture, pratiqué par les soins d’un des plus féroces guerriers de Ragnar, il leur indiqua l’emplacement du repaire d’Ulrick, dans une grotte un peu plus au nord de la côte du Cairn. Satisfaits de leur brève expédition, les pirates et les vikings rentrèrent au campement de Ragnar. Maintenant qu’ils connaissaient le probable emplacement d’Erick, ils pouvaient se préparer au combat. Plusieurs drakkars furent mis à l’eau, avec à bord, pas loin d’une bonne centaine d’impitoyables guerriers. Arrivée à l’endroit présumé, ils virent l’entrée d’une grande grotte maritime, gardée sur les côtés par deux soldats. Lorsque ces derniers aperçurent les nombreux drakkars, ils coururent donner l’alerte à l’intérieur. William conseilla à Ragnar de ne pas se jeter tête baissée dans la gueule du loup, il valait mieux préparer un plan d’attaque, car ils ne savaient pas combien ils étaient en réalité à l’intérieur. Le capitaine pirate avait raison d’être prudent. Au même moment, des guerriers munis d’arcs firent leur apparition en haut de la falaise surplombant la grotte. Ils bandèrent leurs cordes, prêts à tirer une salve de flèches, lorsque Ragnar ordonna la levée immédiate du mur de bouclier.

William Bowes et ses compagnons imitèrent les vikings et s’accroupirent derrière leurs larges boucliers. Les flèches vinrent cogner le mur de protection, certaines s’enfoncèrent, tandis que d’autres, moins nombreuses, trouvèrent la chair humaine et firent des victimes. Les drakkars de Ragnar étaient en mauvaise posture, à la merci des archers d’Ulrick. Il demanda aux pirates de ramer aussi vite que possible, pendant que ses hommes les protéger des flèches à l’aide de leurs boucliers. Le capitaine pirate ne discuta pas les ordres, conscient du danger de la situation dans laquelle ils étaient, et il se mit à ramer en direction de l’entrée de la grotte à l’aide de ses amis. Cette attaque avait précipité leur arrivée et ils se jetèrent en effet dans la gueule du loup. Les bandits n’étaient pas bien nombreux, quelques dizaines seulement, mais les drakkars de Ragnar ne pouvaient rentrer qu’un par un dans la grotte maritime. À l’intérieur de celle-ci, les hommes d’Ulrick les attendaient de pied ferme, armes à la main. Dès que le bateau fut à leur portée, ils sautèrent sans hésitation dessus pour abattre leurs adversaires. Les vikings furent surpris, mais les pirates avaient l’habitude des abordages, ils étaient dans leur élément. Ragnar vit, au fond de la grotte, l’imposante stature d’Ulrick. Il sauta immédiatement du drakkar pour l’attaquer, et William l’accompagna, suivit de Peter. Le chef viking et le capitaine pirate se battaient comme des bêtes sauvages, mais Ulrick était encore plus monstrueux. Il envoya un violent coup au visage de Ragnar, qui fut sonné à terre pendant de longs instants. Pendant un moment, William affronta le chef des bandits. Il trébucha en arrière en voulant esquiver sa hache, et Ulrick s’apprêtait à lui porter le coup fatal, lorsque Peter intervint pour sauver la vie de son capitaine. Lui aussi très puissant, il para son coup de hache, et William en profita pour lui couper la jambe gauche. Ragnar, désormais réveillé, lui porta le coup final.

Le corps sans vie du bandit Ulrick, terreur des côtes du Cairn, gisait par terre. Ragnar trôna sur son ennemi, savourant sa victoire. Dans un dernier geste de colère et de vengeance, il lui coupa la tête, dans le but de la rapporter au roi de Dolbadarn. Mais il y avait matière plus pressante encore, retrouver son fils Erick. En fouillant la grotte, William trouva un petit garçon caché derrière un rocher et en larme. Il s’agissait bel et bien du fils de Ragnar, du futur héritier de Brenningr. Dès que l’enfant vu son père, il fut consolé et se jeta dans ses bras. Après avoir exécuté les derniers bandits, les pirates et les vikings rentrèrent au campement. Un véritable festin fut donné suite à cette victoire. Ragnar remercia grandement le capitaine William Bowes de l’avoir aidé à retrouver son fils. De plus, Ulrick était désormais vaincu et les guerriers de Brenningr pouvaient maintenant entreprendre leur voyage vers l’ouest, avec l’aide du roi de Dolbadarn, Geoffroy. Mais le chef viking n’avait pas oublié sa promesse, il devait remplir à son tour sa part du marché. Il confia aux pirates avoir fouillé dans sa mémoire et avait également consulté des vieux manuscrits appartenant à des prêtres écossais. La plante que William disait avoir vue dans la prison, pourrait être une fleur de longévité. D’après les traditions ayant perduré jusqu’à cette époque, il s’agirait de fleurs aux propriétés magiques, autrefois cultivées par un ancien peuple ayant vécu sur l’île de Bretagne. Personne n’en avait vu depuis des siècles, mais une légende, maintes fois parvenue aux oreilles de Ragnar, pouvait y faire référence. On parlait d’une île, à quelques lieues au nord de la côte du Cairn, qui abriterait une plante magique d’un rose éclatant. Seulement, les rumeurs disaient aussi que la fleur était gardée par un monstre maritime. Un tel adversaire serait une première pour l’équipage de William Bowes, mais cela ne les découragea pas pour autant. 

Le lendemain matin, tout le monde était prêt. Les guerriers de Brenningr avaient démonté leur campement et s’apprêtaient à partir vers le château de Dolbadarn pour livrer la tête d’Ulrick, avant d’embarquer dans un grand voyage vers l’inconnu, en direction de l’ouest. Ragnar fit ses adieux à William et ses compagnons. Il leur offrit un drakkar, afin qu’ils poursuivent eux aussi leur quête. Les pirates avaient passé de bons moments auprès des vikings, mais il était temps pour eux de rentrer à la maison, à leur époque. Le capitaine Bowes échangea une nouvelle fois ses amitiés avec Ragnar et ils se séparèrent. Cap vers le nord pour l’équipage. C’était la première fois qu’ils naviguaient seuls sur un drakkar. Ils détestaient vraiment cette embarcation, mais se rassuraient en pensant à leur imposant navire qu’ils reverraient bientôt. Après plusieurs heures, ils distinguèrent une île au loin. L’air devenait de plus en plus glacial, une brume recouvrait la mer. Habitué aux chaudes journées des Caraïbes, ils étaient comme congelés sur place. L’île était en fait un grand rocher recouvert de glace. Un sinueux passage permettait de rejoindre un promontoire, qui ressemblait à une petite excavation dans la roche. Tout en haut, William aperçut une lumière rose qui scintillait. Il devait s’agir de la fleur de longévité. L’équipage devait maintenant grimper le long de la paroi, afin de rejoindre la plante. Au moment où le drakkar se dirigeait vers la glace de l’île, un terrifiant crie se fit entendre. Cela semblait venir de sous l’eau, comme un grognement grave et lointain. Les rumeurs du monstre leur revenaient alors en tête, mais ils n’avaient pas le temps de les vérifier. Elie, qui dirigeait le drakkar comme il avait l’habitude de tenir la barre du navire, sentit soudain une chose visqueuse sur sa main. Il regarda et vit un tentacule posé sur sa main. Il la retira en poussant un hurlement, puis, des dizaines d’autres tentacules sortirent avec vivacité de sous le bateau.

Le tentacule tenta de saisir la main droite d’Elie, mais James, à l’affût, sorti rapidement son épée pour trancher le membre visqueux et sauver son ami. Un peu plus loin sur le drakkar, William était en train de repousser les attaques de plusieurs autres tentacules, pendant que James et Ginn ramaient de plus en plus rapidement pour rejoindre le rocher. Soudainement, le niveau de l’eau se mit à monter, et le bateau à se surélever. Une immense forme arrondie sortait doucement de l’eau, sous leurs yeux ébahis. On aurait dit un calmar géant, avec des dizaines de grands et puissants tentacules munis de ventouses mortelles. Lorsque le monstre ouvra sa gueule pour pousser un grognement, il laissa entrevoir sa multitude de dents affûtées, prêt à faire sombrer ses victimes dans ses entrailles les plus profondes. Les pirates ne pouvaient croire au spectacle qui se déroulait sous leurs yeux. Ils avaient devant eux le véritable kraken, cette bête légendaire qui terrorise les marins d’eau douce peu courageux. Personne ne l’avait véritablement vu, et tout le monde pensait qu’il s’agissait alors de simples histoires. William Bowes et son équipage assistaient à cette histoire en train de prendre vie. Le bateau devait rejoindre l’île au plus vite. Alors qu’ils s’avançaient, le kraken fondit sur eux, dévorant l’arrière du drakkar. Leur embarcation n’était plus très loin du naufrage, mais heureusement pour eux, ils étaient presque arrivés. Elie grimpa en premier sur le sinueux passage glissant, suivit de James, Ginn, William et enfin Peter. Dans la précipitation, Elie, glissa et manqua de tomber à l’eau. De justesse, James lui retint le bras, pendant que leurs compagnons les défendaient des tentacules qui s’écrasaient contre la roche comme des boulets de canon. Ils arrivèrent non sans mal en haut de la corniche. La fleur de longévité s’y trouvait bel et bien. Alors que le kraken s’apprêtait à lancer un dernier assaut, l’équipage entier saisit la fleur, et disparut à nouveau.

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