
La tornade d’eau s’écroula, une épaisse fumée s’éleva et le calme planait à nouveau dans la grotte. À travers le brouillard, William Bowes et l’équipage pouvaient observer une silhouette humaine. Cependant, lorsque celle-ci traversa la fumée, ils se rendirent compte que ce n’était pas un homme. Il s’agissait plutôt d’un grand squelette avec les orbites vides et des tentacules en guise de barbe. Il était vêtu d’une riche veste rouge de corsaire, d’un élégant chapeau à plumes et un cache-œil recouvrait le trou gauche de son visage. La créature observa ses mains, comme surprise par l’absence de chair. Un des soldats anglais s’approcha du squelette, pointa son fusil sur lui et lui demanda de décliner son identité. Avec une voix grave, comme sortie tout droit des enfers, la créature disait être l’amiral Morgan Lord. En entendant ce nom, William Bowes fut terrifié. Son visage devint blanc, ses mains moites et des sueurs froides lui coulèrent dans le dos. Nick Lord avait réussi. Juste avant de mourir, il s’était servi du Manuscrit des Océans pour ressusciter son père, Morgan Lord. Ce dernier brûlait d’une envie encore plus grande de se venger de William. Le capitaine pirate ordonna immédiatement à ses hommes de quitter la caverne. Pendant ce temps, les marins anglais, qui ne faisaient pas confiance et ne croyaient pas la créature, décidèrent de l’abattre. Les balles traversèrent son corps. Morgan, furieux, prit une épée à terre et commença à massacrer les corsaires anglais. Après être sortis de la grotte et avoir rejoint le navire, les pirates levèrent l’ancre et prirent la direction de l’île de la Souche.
Quelques jours plus tard, William Bowes et son équipage rentrèrent sur l’île de la Souche, complètement sous le choc de ce qui s’était produit au Cap des Revenants. L’équipage s’installa dans l’auberge de Lise pour la nuit. Durant la soirée, alors qu’ils étaient tous installés près de la cheminée, James demanda à son capitaine s’il connaissait ce Morgan. William était réticent à l’idée de leur expliquer la situation. Lise vint s’asseoir à côté de lui pour le rassurer. Il prit une grande inspiration et prévint ses hommes que c’était la première fois qu’il allait se confier autant à eux. « J’avais seize ans et mon père était un ivrogne. On vivait à Portsmouth, dans une petite maison crado près des quais. Ma mère travaillait jour et nuit pour notre survie, enfin pour la mienne bien plus que la sienne. Je voulais l’aider, alors j’ai commencé à rendre de petits services contre de l’argent. J’ai rejoint la bande d’un certain Dani, un gros gaillard de la ville. Il m’appréciait bien et je rapportais suffisamment d’or à la maison avec lui. Tout cela, ça plaisait pas à maman. Elle disait que j’allais avoir des ennuis. Et elle avait raison. Un jour, on avait pillé un entrepôt du port, appartenant à un riche marchand. Sauf qu’un employé m’avait reconnu et l’avait dit aux gardes. Ils sont donc allés chez ma mère pour poser des questions, pendant que moi j’étais à la taverne avec la bande à Dani. Le lendemain, je suis rentré ; elle avait des marques de coups sur le corps. Quand j’ai retrouvé les enfoirés qui lui avaient fait ça… les premiers hommes que j’ai tués. Mais après ça, j’étais l’ennemi numéro un en ville. Un amiral de la marine, de séjour à Portsmouth, s’était mis en tête de retrouver celui qui avait tué ses hommes. Cet amiral s’appelait Morgan Lord. »
« Depuis le meurtre des soldats anglais, ma mère et moi, on se cachait dans la cave d’un bordel insalubre. J’ai essayé de contacter la bande à Dani pour qu’ils nous aident à s’enfuir de la ville. Ces connards ont disparu du jour au lendemain après l’incident, ils m’ont laissé tomber comme une merde, après tout ce que j’avais fait pour eux. Un jour, je suis sorti moi-même pour trouver un moyen de quitter Portsmouth. J’aurai dû être plus prudent, mais j’étais dans une situation délicate. Le passeur que j’avais payé nous mena tout droit dans une embuscade. Je fus arrêté par les soldats anglais, ainsi que ma mère. Le lendemain, on était dans une cellule. Je saurai même plus dire où se trouvait la prison. L’amiral Morgan Lord se présenta devant nous. Il voulait que je confesse le meurtre des soldats anglais et que je vende la bande. J’en avais plus rien à foutre de Dani, je l’ai balancé sans aucun remords. Après m’avoir tourné le dos, c’est tout ce qu’il méritait. Confesser le meurtre en revanche… si je faisais ça, c’était la corde à coup sûr. L’amiral avait besoin de ma confession, sans quoi il pouvait pas me condamner. Il prit alors un couteau et le mis sous la gorge de ma mère pour me forcer à parler. Je l’ai supplié d’arrêter, mais cet homme avait le regard mauvais et nos vies ne signifiaient rien pour lui. Alors j’ai tout avoué, pour sauver ma mère. Cela a pas empêché ce monstre de lui trancher la gorge juste après. Je me rappelle encore l’entendre dire « la vie de cette catin ne vaut rien à côté de celle de mes hommes ». Sous le choc, je me rappelle plus très bien les instants d’après, seulement une grosse explosion. Le même jour, le célèbre Edward Roberts avait décidé d’attaquer la prison pour libérer l’un de ses gars. L’amiral Morgan fut projeté à terre et, dans la panique, j’ai pris son couteau et j’ai vengé ma mère. Après l’assaut, Edward m’a pris sous son aile. C’est lui qui m’a amené à Tortuga et m’a appris à être un pirate. »
Le lendemain matin, les hommes dormant paisiblement dans la taverne furent réveillés par un bruit de canon sourd. Une maison du village venait d’imploser au contact du projectile. Au large, il y avait un navire de la marine anglaise. L’équipage l’avait bien reconnu, il s’agissait du vaisseau appartenant au défunt colonel Nick Lord. Seulement, ce n’était pas lui aux commandes, mais son père maudit. Se dressait derrière la barre une figure rouge, un visage de terreur et une barbe faite de tentacules. Des barques partaient du navire et se dirigeaient droit sur l’Île de la Souche. À bord, non pas des hommes, mais des squelettes. L’amiral Morgan avait le pouvoir de ressusciter les morts, leur transmettant la même malédiction que lui. Les membres de l’équipage de William se préparèrent au combat et les habitants de l’île firent de même, décidés à protéger leurs maisons contre ces créatures du diable. Bien que terrifiants, ils n’étaient pas plus durs à vaincre que de simples humains. Mais le village était en feu, ils devaient fuir. L’ordre fut donné d’évacuer les habitants et Lise emmena tous ceux qui ne pouvaient pas se battre à l’abri dans les bois. Avant de partir, elle conseilla à William de se séparer, après tout, c’était après lui qu’en avait Morgan. Elle lui dit de la retrouver à Kingston, dans la taverne de sa mère. La jeune femme lui souhaita bonne chance, lui donna un baiser et disparu derrière les arbres. Elie et Ginn s’étaient empressés de rejoindre le navire et de larguer les cordages pendant que Peter et James éliminaient par dizaine les pauvres marins maudits. Une fois le capitaine à bord, ils pouvaient prendre le large. Morgan était sur leurs talons, mais, sûrement rouillé après des années en enfer, il n’était pas aussi habile et rapide que les pirates.
Après quelques jours de navigation, William et son équipage arrivèrent au port de Kingston, sur l’île de la Jamaïque. Ils avaient semé l’amiral Morgan peu de temps après avoir quitté l’Île de la Souche, mais ils ne pouvaient fuir éternellement, ils devaient trouver une solution. L’équipage se dirigea vers la taverne dont Lise leur avait parlé, le Café du Port. En rentrant dans l’auberge, remplis de marins et de travailleurs des quais, William fut interpellé par la femme âgée derrière le bar, elle lui semblait familière. Soudainement, une personne se jeta sur lui et l’enlaça fortement. Il s’agissait de Lise, qui était arrivée un jour plus tôt en ville, avec les rescapés de l’Île de la Souche. Elle montra du doigt la femme derrière le comptoir et lui dit qu’il s’agissait de sa mère, Nancy. Le capitaine pirate se présenta avec respect à la mère de son amante, mais cette dernière n’était pas réceptive et ne montrait pas de signe d’hospitalité. Des chambres furent données aux membres de l’équipage pour qu’ils puissent se reposer. Alors que Peter aiguisa ses armes, Elie et James faisaient un concours de boisson, pendant que Ginn et Lise partirent acheter des provisions et médicaments au marché. William était en train de se changer lorsque Nancy fit irruption dans sa chambre. Elle se montra plus amicale qu’auparavant, mais prévint d’un ton grave et sévère que sa fille était tout pour elle, aucun mal ne devait lui être fait. Le pirate la rassura et jura de ne pas mettre en danger son enfant. Le soir, un véritable festin fut préparé pour les forbans et les habitants de l’Île de la Souche. Lise expliqua la situation à sa mère. Désespéré, l’équipage lui demanda si elle n’avait pas une solution. Nancy leur répondit qu’elle ne pouvait rien pour eux. Cependant, elle connaissait un marin, un ancien membre de l’équipage de Bart Creed, qui disait en connaître long sur les malédictions. C’était un habitué de la taverne et sa maison n’était pas très loin du port.
Nancy accompagna William, Peter et Ginn à la maison du marin, qui était à mi-chemin du port et du marché de Kingston. La tavernière avertit les pirates que l’ancien compagnon de Bart Creed, nommé Harper, était un peu spécial. Personne n’avait vu le légendaire capitaine pirate et ses hommes depuis leur disparition au Cap des Revenants, il y a plus de vingt ans de cela. Seul ce marin était revenu de la dernière expédition de Creed, à moitié fou, et il n’avait jamais expliqué comment. Évidemment, la plupart pensaient que ce n’était qu’un menteur et qu’il n’avait jamais fait partie de l’équipage. Harper était donc un paria parmi les parias, passant ses journées saoul et racontant des histoires que personne ne croit. Nancy toqua à la porte, mais il n’y eut pas de réponse. Elle retira alors l’une des briques du mur adjacent et prit une clef cachée à l’intérieur. De nombreuses fois, la tavernière avait ramené Harper ivre mort chez lui, elle avait l’habitude. Après avoir ouvert la porte, Nancy laissa William et ses compagnons et retourna au Café du Port. L’intérieur de la maison était dans un sale état, le ménage n’était jamais fait. Harper était, comme à son habitude, en train de décuvé à l’étage. William le réveilla en lui jetant un seau d’eau glacée au visage. L’homme se leva d’un coup en pestant. Il arrêta vite en voyant les trois pirates au pied de son lit. Ils lui expliquèrent très doucement et méticuleusement l’histoire avec l’amiral Morgan. Harper, qui avait depuis reprit ses esprits, réfléchit un long instant. Brusquement, il sauta de joie ; les gens croyaient enfin à ses histoires. Peter le calma et l’ivrogne leur révéla un secret. Lors de ses voyages, Bart Creed avait décelé tous les mystères de l’océan. Comment invoquer la Déesse de la Mer par exemple, mais aussi, comment conjurer toutes les malédictions. Pour cela, William avait besoin du Crystal des Océans, et Harper savait comment le trouver. Tout d’un coup, une explosion souffla les fenêtres de la maison.
William, Peter, Ginn et Harper se retrouvèrent couchés à terre, sonnés par la déflagration de l’explosion. Les pirates sortirent vite leurs armes, prêt à contre-attaquer, alors que le vieux marin se cacha sous son lit. Ils entendirent alors une voix, venant de l’extérieur de la maison. C’était un officier de la marine anglaise qui était venu arrêter les forbans. Peter regarda discrètement dehors par l’un des nombreux trous dans le mur causé par la bombe. Il vit plusieurs soldats de la marine, armés et prêt à charger la maison. L’homme qui semblait commander cette opération, somma les criminels présents de se rendre sans faire de zèle, sans quoi ils continueront à employer la manière forte, la première bombe n’étant qu’un avertissement. William sortit Harper de sous le lit et le menaça pour qu’il leur révèle au plus vite l’emplacement du Crystal des Océans. Dans la panique, l’ivrogne avoua qu’il ne savait en fait pas où trouver précisément le trésor. Le capitaine pirate commença alors à s’énerver et menaça violemment l’ancien compagnon de Bart Creed. Harper lui proposa un marché. Si les pirates lui sauvent la vie, il leur donnera une piste. William accepta et demanda à Ginn de sortir discrètement pour aller prévenir Elie, James et le reste de l’équipage à la taverne. Peter ouvra le feu sur les soldats anglais, pour couvrir son capitaine. Ce dernier sortit brusquement de la maison, brandissant son sabre et tranchant les ennemis lui barrant la route. Harper le suivait de près, en se cachant derrière lui. Peter sauta de la fenêtre de l’étage et les pirates coururent dans la ruelle derrière la maison. Après quelques minutes de fuite, ils avaient semé les officiers. William plaqua alors l’ivrogne contre un mur pour réclamer son dû. Effrayé, Harper leur révéla qu’il avait dessiné une carte au trésor sur l’un des murs d’une prison à Londres. Celle-ci menait apparemment au Crystal des Océans.
Les pirates étaient en train de raccompagner l’ancien marin de Bart Creed à la taverne de Nancy lorsqu’un coup de feu retentit dans les rues de Kingston. L’amiral Morgan et son équipage les surprirent au détour d’une ruelle, un pistolet à la main. C’était lui qui venait de tirer le coup de feu. Harper s’écroula à terre. La balle avait transpercé son cœur et sa poitrine. Le vieux matelot expira son dernier souffle. William et Peter, à moitié sous le choc, coururent aussi vite que possible vers le Café du Port, pour échapper à l’ennemi bien trop nombreux. Arrivé devant l’auberge, le reste de l’équipage, prévenu par Ginn, était déjà prêt à lever l’ancre. Le capitaine s’arrêta rapidement pour embrasser Lise, furieuse de ce départ impromptu, avant de partir vers le port. L’amiral maudit les suivait de près et rejoignit lui aussi son navire pour continuer à les poursuivre. Les soldats de la marine anglaise, qui avaient remonté la trace des pirates depuis la maison de Harper, était eux aussi en train de larguer les cordages d’un navire. L’équipage de William quitta le port de Kingston à la hâte, poursuivit par deux navires ennemis. Ce jour-là, le temps était mauvais en haute mer, une tempête était en train de se former au-dessus de l’océan. James guidait les canons du navire pour tenir leurs adversaires à distance. Le vent soufflait de plus en plus fort et la pluie devenait diluvienne. Heureusement, Elie était à la barre du navire et conserva une bonne trajectoire au milieu des vagues scélérates. La visibilité était désormais très mauvaise, William avait du mal à apercevoir ses poursuivants. Il réussit tout de même à voir le bateau de Morgan s’approcher du navire de la marine anglaise pour engager les hostilités. Leurs ennemis commençaient à se battre entre eux, c’était parfait pour les pirates. L’équipage de William Bowes profita de cette occasion pour les distancer et mettre le cap sur Londres.
Au bout de plusieurs semaines de navigation dans l’océan Atlantique, l’équipage arriva en Angleterre. Ils se firent discrets, étant recherchés par toute la marine anglaise, et accostèrent à Portsmouth, la ville où avait grandi William. De là, seul un petit groupe voyagea jusqu’à Londres. Quelques jours plus tard, les pirates arrivèrent enfin dans la grande métropole britannique. Ils attendirent la nuit pour s’infiltrer dans la prison que leur avait indiquée Harper. C’était un vieux fort, le long de la Tamise, à quelques encablures de la Tour de Londres. Le bâtiment était en mauvais état, car délaissé par les autorités, ce qui voulait dire par la même occasion, assez peu surveillé. Il y avait en effet peu de gardes. Ils entrèrent par un mur à moitié écroulé au nord du bâtiment. Peter et James surveillaient l’entrée pendant que Elie et Ginn accompagnaient leur capitaine. Une fois à l’intérieur, ils commencèrent à fouiller les cellules une par une, car Harper ne leur avait pas précisé dans laquelle se trouvait les cartes qu’il avait dessinées. Plus de la moitié de la prison était vide, heureusement pour les brigands. Ils n’avaient pas envie de tomber nez à nez avec un prisonnier éveillé, qui pourrait faire du bruit en les suppliant de le libérer et alertant les gardes du même coup. William et ses hommes arrivèrent au dernier étage, et commençaient à croire que l’ancien compagnon de Bart Creed leur avait raconté des mensonges, juste pour sauver sa peau. Ils tombèrent alors sur une minuscule cellule, tout en haut de la prison, disposant d’une fenêtre. De celle-ci, on pouvait apercevoir la Tour de Londres. Sur les murs de cette petite pièce, les pirates virent des formes dessinées avec du sang séché. Cela semblait représenté une sorte de carte maritime, avec une île, inconnue de William et de ses compagnons, située à mi-chemin entre Nassau et les Bermudes. Elie recopia le dessin sur un bout de papier et ils sortirent discrètement de la prison.
Le petit groupe de pirates repartirent le lendemain matin en direction de Portsmouth, satisfait de leur découverte. Ils avaient enfin un début de piste pour se débarrasser de Morgan, l’amiral maudit. Au bout de plusieurs jours de marche, William et ses compagnons arrivèrent au port où était amarré leur navire et où les attendait le reste de l’équipage. Le capitaine partagea la bonne nouvelle avec tous ses hommes et une euphorie générale éclata parmi eux. Avant de reprendre la mer direction les Bermudes, ils devaient fêter cette petite victoire. Les marins savaient très bien qu’ils ne seraient peut-être pas de retour dans une aussi grande ville avant longtemps. Le soir, l’équipage tout entier se rendit dans un bordel du port, pour y dépenser toutes leurs économies. William et Peter burent des litres d’hydromel, alors que James et Elie préféraient quant à eux la compagnie plus intime des serveuses. Ginn resta discret dans son coin, car il n’aimait pas particulièrement ce genre de scènes agitées. Les pirates étaient au paradis, la boisson coulait à flots entourés de jolies filles. Mais la fête fut de courte durée. Tard dans la nuit, un groupe d’hommes armés fit irruption dans le bordel et coupa court les festivités. Il s’agissait de la marine anglaise, venu arrêter les criminels. Les pirates, tous saouls à l’image de leur capitaine et de son second, se firent arrêter ce soir-là. Certains comme Elie était encore au lit entièrement nu lorsqu’ils se firent embarquer. James tenta bien de résister en cognant les soldats, mais se fit maîtriser avec facilité. Même Ginn, pourtant sobre, ne pouvait rien faire face à cette embuscade. Alors qu’on les sortit avec force de la taverne, un homme se tenait devant le bâtiment, la mine ravie. Cet homme était le chef de l’opération qui venait de réussir à capturer le célèbre pirate William Bowes et son équipage. Ce n’était nul autre que Morgan Lord.
William ne pouvait en croire ses yeux. Morgan Lord s’était associé avec la marine pour mettre fin à sa carrière de brigand des hautes mers. Après avoir défait le navire anglais durant la tempête à la sortie du port de Kingston, ce dernier avait passé un accord avec la couronne anglaise. En échange de la capture et de la livraison du criminel William Bowes et de son équipage, il était autorisé à reprendre son rang au sein de l’armée, en dépit de sa nature de démon. Dès le lendemain, les prisonniers furent escortés sous bonne garde vers Londres, où les attendait un grand procès en bonne et due forme. Ils attendirent une semaine entière dans un cachot miteux, le temps de préparer l’assemblée. La lettre ordonnant leur arrestation venait du roi en personne, l’importante de cette affaire était très grande pour l’empire colonial britannique. La nouvelle de l’arrestation de William Bowes et de son équipage avait fait grand bruit dans toute l’Angleterre, jusqu’aux Caraïbes. L’homme qui allait présider le tribunal était un célèbre juge anglais nommé Smith. Il était connu pour son pragmatisme et sa sagesse, mais surtout pour ses liens étroits avec la famille royale. Les criminels naviguant sous le pavillon noir étaient accusés de piraterie, de contrebande, de multiples meurtres d’officiers anglais, d’incendie, d’enlèvements, de pillage, de braconnage, de brigandage, de maraude, de dépravation, de dégradation et divers autres troubles. Le juge les reconnut tous coupable. La plupart des membres de l’équipage allaient finir le reste de leur jour dans une prison ou bien être soumis au travail forcé dans les colonies ; mais pour le capitaine et ses principaux lieutenants, à savoir Peter, James, Elie et Ginn, ils furent condamnés à la mort par pendaison.
Le capitaine William Bowes et ses amis furent menés à une prison au nord de l’Écosse. La population aurait bien aimé assister à une exécution publique, mais le roi ne pouvait prendre le risque d’émeutes ou de révoltes juste avant leur pendaison. C’est pourquoi le lieu où ils allaient être enfermés en attendant leur dernier jour était tenu secret. Les pirates allaient être pendus sur la côte de la mer du Nord, où le vent glacial souffle fort contre les falaises rocheuses. Le bâtiment qui faisait office de prison était un vieux fort en pierre, partiellement détruit, où la vie sauvage commençait à reprendre ses droits. Du lierre recouvrait les murs extérieurs et des plantes poussaient à l’intérieur des cellules. Quelques heures après leur arrivée, ce qu’il restait de l’équipage fut séparé. Le capitaine fut amené dans une petite pièce avec une table, où l’attendait un amiral de la marine anglaise. L’officier était ici pour proposer un marché à William. Il lui proposa d’avoir la vie sauve et de vivre en exil dans l’anonymat le plus complet sur une petite île non loin d’ici ; à la condition de fournir des renseignements sur les autres grands capitaines pirates des Caraïbes. Il semblait que la couronne anglaise préparait une opération d’envergure contre les pirates de la région. Bien évidemment, William refusa et fut reconduit derrière les barreaux. Les cinq compagnons étaient enfermés dans la même cellule en attendant le jour de l’exécution. Sentant la fin approchée, le capitaine se tourna vers ses hommes et leur dit ces paroles : « Tant de fois nous avons dansé au soleil levant, levé notre pinte de rhum et pris une autre gorgée. Le maudit amiral Morgan nous a conduit à ce destin, mais n’ayez pas peur mes amis, ne regardez pas en arrière, car l’au-delà nous attend ». Après ce discours, il remarqua et fut intrigué par une étrange fleur rose lumineuse dans un coin de la pièce. Il s’approcha pour la cueillir et, à ce moment-là, l’équipage disparut.

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