Épopée de William Bowes – Chapitre 1

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« La Rafale », par Willem van de Velde le Jeune (vers 1860)

William Bowes était l’un des capitaines pirates les plus célèbres, craints et respectés sur les mers des Caraïbes pendant plus de dix ans. Dans son équipage, il pouvait compter sur plusieurs lieutenants loyaux et talentueux : Peter son bras droit, James le maître d’équipage, Elie le cartographe et Ginn, un ancien esclave amérindien. Un beau jour, alors qu’ils faisaient escale au petit port maritime de Road Town, William Bowes trouva une nouvelle carte au trésor. Lui et son équipage partirent pour une nouvelle aventure, mais, à peine sorti de la baie, un navire de la marine anglaise leur coupa le chemin. Il s’agissait du vaisseau du colonel Nick Lord, qui les traquait depuis des mois. Heureusement, grâce aux talents de navigateur d’Elie, les pirates parvinrent à échapper à cet ennemi sans abîmer leur navire fraîchement caréné.

Une fois débarrassés du colonel de la marine anglaise, William Bowes et son équipage suivirent leur nouvelle carte au trésor. Celle-ci les mena droit sur une île paradisiaque qui semblait déserte, mais qui était en réalité peuplée par des indigènes. Les premiers contacts avec les pirates furent un peu délicats, avant que les locaux ne se montrent plus accueillants et n’invitent les forbans à faire la fête le soir venu. Tout le monde baissa sa garde durant le festin, ou presque. Ginn garda l’œil ouvert et remarqua quelque chose d’étrange dans l’alcool offert par les indigènes aux marins : c’était en fait du poison. Il prévint le reste de l’équipage à temps, sauf Elie, qui avait déjà porté le liquide à sa bouche et s’effondra au sol. Le capitaine Bowes ordonna au plus vite à ses hommes de se replier vers le navire. Ils parvinrent à retrouver le bateau, mais leur navigateur était mal en point et personne à bord n’avait les compétences médicales pour le soigner.

L’équipage navigua plusieurs jours, sans son cartographe, afin de trouver un médecin capable de soigner Elie. Au bout d’un moment, ils finirent par accoster sur l’île de la Souche, où se trouvait un petit village. Cependant, celui-ci semblait désert ; personne ne se baladait dans les rues et seule la taverne était éclairée. Les pirates s’y rendirent pour demander de l’aide et firent la rencontre de l’aubergiste locale, Lise. Cette dernière leur expliqua pourquoi l’endroit paraissait si calme. Il y a plusieurs semaines, une garnison de la marine espagnole s’était installée à quelques kilomètres d’eux et terrorisait les habitants. Elle leur révéla aussi être en mesure de soigner Elie de son empoisonnement. Le capitaine William Bowes et Lise passèrent donc un accord : les pirates devaient se débarrasser des marins espagnols, en échange de quoi l’aubergiste sauva la vie de leur navigateur. L’affaire fut réglée le soir même.

Après s’être débarrassé de la garnison espagnole, l’équipage de William Bowes resta quelques jours sur l’île de la Souche pour attendre le rétablissement complet d’Elie. Alors qu’ils s’apprêtaient à reprendre la mer, un messager arriva au village pour leur annoncer une bien mauvaise nouvelle. Suite à ce crime, la couronne d’Espagne avait décidé d’envoyer sa terrible armada dans les Caraïbes pour faire payer tous les pirates, les capturer puis les pendre haut et court. Dans la foulée, le capitaine Bowes fut convoqué au Conseil de la Piraterie, instance officieuse réunissant les plus puissants capitaines pirates de la mer des Caraïbes : Edward Roberts, Jack Ember, Roger de Carthagène et William Bowes. Au bout de longs et houleux débats, ils se mirent finalement d’accord pour s’unir et faire face ensemble à cette terrible armada, commandée par l’amiral en chef Frederick.

Pendant plusieurs semaines, les pirates se préparèrent à faire face à l’armada espagnole, réputée invincible, depuis leur forteresse de la baie du Hellshire. James et Elie apprêtèrent le navire et son équipage en vue du combat, pendant que William et Peter réfléchissaient à un plan avec les autres capitaines du Conseil de la Piraterie. De son côté, Ginn apprenait l’art de la médecine avec Lise, qui avait embarqué avec eux depuis l’Île de la Souche dans le but de lui transmettre ses compétences médicinales. Un soir, cette dernière discuta avec William pour tenter de le convaincre de ne pas prendre part à cette bataille, tant elle connaissait la cruauté de la marine espagnole. Mais le capitaine avait déjà pris sa décision : celle de devenir le plus célèbre pirate de sa génération. Un beau matin, on pouvait observer les navires ennemis s’approcher au loin ; c’était le calme avant la tempête dans la baie du Hellshire.

Les vaisseaux espagnols entrèrent peu à peu dans la baie, mais sans rencontrer de résistance, à leur plus grande surprise. Seul un petit navire se détacha de la forteresse et vint à la rencontre des ennemis. Cependant, personne ne semblait être à son bord sur le pont. Il s’agissait en réalité d’un bateau kamikaze, chargé d’explosifs, prêt à faire sauter une bonne partie de la flotte espagnole. Peter se trouvait à son bord, après s’être porté volontaire pour ce plan périlleux. Une fois au meilleur endroit, il alluma la mèche et couru se jeter à l’eau avant que le piège ne s’active. Au même moment, des canons sortirent de la végétation sur les côtes de la baie du Hellshire et firent feu à leur tour. Les navires pirates surgirent enfin de leur cachette pour encercler leurs ennemis dans cette même baie et les empêcher de fuir. Les forbans semblaient prendre l’avantage rapidement, du moins jusqu’à l’arrivée du vaisseau de l’amiral en chef Frederick.

Juste après l’entrée en scène de l’amiral en chef Frederick et de sa véritable forteresse maritime, la tendance s’inversa rapidement pour les forbans. L’avantage pris par cette embuscade ne dura pas longtemps. Peter avait réussi à rejoindre le navire de son capitaine à la nage après l’explosion du bateau kamikaze, mais seulement pour un instant. Le vaisseau amiral de la marine espagnole tirait des salves de boulets vers les pirates, et le propre pavillon de William Bowes fut touché et coula en quelques minutes à peine. Toutes les personnes à bord, y compris Lise, qui avait insisté auprès de William pour venir sauver les potentiels blessés, tombèrent à l’eau. La situation était plus que désespérée jusqu’à ce que James, le maître d’équipage, eût une brillante idée. Il conseilla à son capitaine de nager discrètement jusqu’au navire de l’amiral Frederick et d’en prendre le contrôle. William Bowes accepta et ordonna à ses hommes de nager sans bruit vers leur nouvelle cible pour l’aborder depuis les eaux.

Une fois à bord du vaisseau forteresse de l’armada espagnole, les pirates éliminèrent progressivement les soldats, ces derniers étant trop occupés à faire feu sur les navires adversaires. William Bowes défia et tua l’amiral Frederick dans un duel au sabre, prenant ainsi le contrôle du bâtiment de guerre. Cependant, ils étaient trop peu nombreux pour manœuvrer correctement cette imposante arme de destruction. De plus, il restait encore beaucoup de navires espagnols en état de combattre, et leurs alliés pirates étaient déjà presque tous défaits ou avaient déjà fui. Le capitaine Bowes prit donc, lui aussi à contrecœur, la décision de fuir la baie du Hellshire à bord du vaisseau de l’amiral Frederick. À peine leur fuite de ce terrible combat avait-elle commencé qu’ils tombèrent sur un nouvel obstacle. Le colonel Nick Lord les attendait une nouvelle fois en embuscade. Elie dut redoubler d’efforts pour diriger l’immense vaisseau et éviter un nouveau combat, sachant qu’il était perdu d’avance.

La fuite était périlleuse ; le navire espagnol subissait d’importants dégâts de la part du vaisseau de la marine anglaise. Nick Lord avait choisi le bon moment pour s’attaquer aux pirates, mais c’était sans compter les talents de navigation d’Elie qui, malgré le désavantage de la situation, parvint à fuir une nouvelle fois au nez et à la barbe du colonel. Trois jours plus tard, l’équipage du capitaine Bowes arriva sur l’île de la Souche, là où Lise leur avait conseillé de venir se reposer. Elle avait également promis aux pirates de convaincre les habitants de l’île de leur construire un nouveau navire, pour les remercier d’avoir chassé la garnison espagnole. Quelques jours après le début du chantier, on aperçut de nouveau le vaisseau du colonel Nick Lord s’approcher de l’île. Cette fois-ci, il n’était pas question de fuir. La marine anglaise débarqua sur l’île et affronta les pirates. Nick Lord confronta William Bowes avec une haine encore incompréhensible, et leur combat se solda par un événement tragique. Un boulet de canon, tiré depuis le navire anglais, faucha la jambe gauche du capitaine pirate.

Le temps s’arrêta l’espace d’un instant. Les hommes de William Bowes se précipitèrent pour sauver leur capitaine. Peter s’interposa entre le colonel Nick Lord et son ami, tandis que Ginn le portait au plus vite vers la taverne pour y être soigné. James et Elie firent feu vers le navire anglais à l’aide des pièces d’artillerie descendues du vaisseau amiral de l’armada. Ensemble, ils réussirent à faire fuir leurs adversaires. De son côté, Lise sauva la vie du capitaine William Bowes, mais ce dernier perdit sa jambe gauche, désormais remplacée par une jambe de bois. Le pirate resta dans le coma plusieurs jours, puis de nombreuses semaines alité. Pendant cette période, Lise s’occupa tous les jours de William, veillant à son chevet, et tomba peu à peu amoureuse de lui, et lui réciproquement. Cependant, avec un capitaine blessé et un navire en construction, certains matelots commencèrent à s’impatienter. Un dénommé Scott devint le chef d’un groupe de mutins. Un matin, le capitaine Bowes se leva pour la première fois depuis sa blessure, marcha difficilement avec sa nouvelle jambe vers le mutin et l’exécuta d’une balle dans la tête sans dire un mot.

Le capitaine William Bowes fit une déclaration à ses fidèles matelots, pendant que quelques mutins désertèrent l’équipage. Le seuil de la mort lui avait fait comprendre la brièveté de la vie. Il ne voulait plus perdre son temps à la poursuite de futiles trésors, il voulait devenir célèbre. Pour cela, il prit la décision de partir à la recherche du Manuscrit des Océans, le légendaire trésor du capitaine Bart Creed. Une fois la construction de leur nouveau navire achevée, l’équipage de Bowes se prépara à partir dans cette aventure. William remercia une dernière fois Lise pour tout ce qu’elle avait fait, puis leva les voiles avec ses hommes. Ils voyagèrent jusqu’au Cap des Revenants, dernier endroit où l’on avait aperçu le vaisseau de Bart Creed, il y a quinze ans de cela. Une fois sur place, les pirates passèrent des journées entières à fouiller les fonds marins à la recherche d’une épave, mais ils ne trouvèrent rien. Un jour, ils s’aventurèrent au cœur de l’île pour récupérer de la nourriture et de l’eau douce, et c’est là qu’ils le trouvèrent. L’épave était au fond d’une crevasse, sous une immense cascade.

Personne ne savait ni pourquoi ni comment le navire de Bart Creed s’était retrouvé au milieu de l’île, au fond d’une crevasse. William Bowes n’avait pas le temps de se poser cette question, le Manuscrit des Océans, cet artefact contenant tous les secrets des sept mers, se trouvait à sa portée. Avec ses hommes, ils descendirent dans une grotte menant en bas de la cavité. Une fois face à l’épave trônant dans un petit lac souterrain, ils entendirent un rire. William Bowes reconnut immédiatement cette voix : il s’agissait de Nick Lord. Le colonel de la marine anglaise sortit de l’obscurité de la crevasse, aux côtés de ses soldats et des mutins qui avait désertés l’équipage de Bowes. Il tenait un vieux grimoire dans ses mains, sûrement le Manuscrit des Océans qu’il avait trouvé avant eux. Les pirates affrontèrent les soldats anglais ; William Bowes reprit son duel avec Nick Lord. Durant l’affrontement, le colonel anglais demanda au capitaine pirate s’il se souvenait de son père qu’il avait assassiné, Morgan Lord. De vieux et douloureux souvenirs revinrent à William, mais pas assez pour le déstabiliser. Cette fois-ci, le combat tourna à son avantage et il se débarrassa définitivement de son ennemi. Mais avant de mourir, Nick Lord chuchota quelques mots au Manuscrit des Océans, avant que son corps ne sombre dans l’eau obscure de la crevasse. Soudainement, le livre devint poussière et le vent se leva à l’intérieur de la grotte, puis une tornade d’eau se forma, dans laquelle l’on pouvait distinguer une figure humanoïde.

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