
Poème n°1
Hier valait la peine, aujourd’hui ne vaut plus rien.
Tant de chemin parcourut pour si peu de récompense.
D’une terre chaude à une île froide,
D’un simple soldat à un roi.
Inconnu je suis arrivé et méconnaissable je suis parti,
Bois et sauvagerie étaient maîtres dans ce pays,
Maintenant pierre, politique et écrit trônent en chef.
De héros, je suis devenu un Christ.
Hier j’avais le monde dans la paume de ma main.
Seul tout en haut de la montagne, trop longtemps je suis resté.
L’épée a retrouvé sa place, sa maison l’acier a retrouvé.
Aujourd’hui ne vaut plus rien mais hier valait la peine.
Poème n°2
Dans une cité antique de luxe et de culture j’ai grandi,
À l’époque où les grands et la noblesse n’étaient pas encore mes amis.
Dans les faubourgs mes premières relations j’ai connu,
La terre de mon sang et de mes parents m’était alors inconnue.
Faire respecter l’ordre et la justice devait être ma priorité,
Alors que pour ma vie je n’avais en fait que peu d’intérêt.
Tout d’un coup, mon destin connut un soudain changement,
Quand le politique vint faire de l’ordre et du ménage dans les rangs.
Les raisons m’échappèrent de cet attrait envers mes origines,
Cela semblait désormais relevé de l’intervention divine.
Sous les conseils du vieux et sage empereur avisé,
Je compris que la dignité des faibles devait être protégée.
La foi je commençais à perdre lorsqu’ils me sont apparus,
La grande dame des eaux et le vieux druide barbu.
L’une me parla longtemps d’antiques contes et légendes,
L’autre était trop occupé à apprendre l’architecture de la langue.
L’enfant de la prophétie divine ils me disaient être,
Quand tout petit l’épée je retirai et me fis connaître.
À bord d’un bateau et au côté de mon meilleur ami on s’en alla,
Voir ce pays que l’on disait fait de sauvages et de bois.
Cette terre m’accueillit de façon forte inhospitalière,
Mais vite je ne vis que du lierre, des pierres et du vert.
L’épée je retrouvai en haut de la montagne blanche…
Si seulement j’avais su que cet acte réduirait ma conviction au silence.
Poème n°3
De mon nouveau royaume j’étais roi, mais pas de mon cœur,
Pourtant plein d’efforts et d’abnégation mais toujours pas de lueur.
J’ai quitté celle qui m’a tout appris, tout transmis et tout donné,
Après tant de bonheur et de douceur nous nous sommes séparés.
J’ai rejoint les bras de celle que je ne connaissais absolument pas,
Pour la paix, l’argent, le divin et pour faire de moi le roi.
Devant l’autel et à l’abri des regards nous nous sommes liés,
Sous l’arc de fleurs pour un immense spectacle mon cœur s’est brisé.
Le seul lien qui me rattache à elle désormais est une promesse,
Fini la vie de libertin désinvolte, adieu ma tendre jeunesse.
Tristesse et nonchalance je vis dans mon nouveau lit conjugal,
Bonjour la petite princesse des bois, adieu ma dame ducale.
Au milieu d’un décor vert bucolique et féerique ma vie a changé,
Dans un champ austère je me demande si le bon choix j’ai fait.
Sous la couronne de fleurs je cherche à trouver un refuge,
Sous l’arbre des oiseaux je me cache mais ma tristesse se diffuse.
Le soleil se couche et s’allège tel ma foi et mon amour,
Pour me protéger, distractions et amantes j’ai trouvé à la cour.
Poème n°4
Toi, tout-puissant à qui je dresse mes prières,
Tous les soirs, tout bas au pied de mon lit.
Guide moi à travers cette quête meurtrière,
Et aide moi à trouver le repos durant la nuit.
Comment trouver le symbole si sacré ?
Coupe, bol ou bien pierre incandescente ?
Comment me diriger dans ce nuage épais ?
Sombre destin ou bien route luminescente ?
Trouvons les plus grands guerriers du royaume !
Aux inspirantes, fantastiques et incroyables légendes !
Formons la ronde table à la force de nos paumes !
Et partons en quête pour répondre à la divine demande !
Poème n°5
Je croyais que mes efforts avaient payés, que c’était acquis,
Que cette quête nous rendrais gloire et honneurs au paradis.
Mais je m’étais bien trompé ; et j’ai continué sur cette route,
À poursuivre cette folle aventure jusqu’à la dernière goutte.
J’étais si proche du but, du symbole sacré et de la salvation,
Pour tous leurs péchés je serais donc ta réincarnation.
Maintenant petit ourson est tout seul à partager ses peines,
Adieu la chaleureuse lumière, adieu le vase, adieu l’Éden.
De retour sur terre, l’ours des bois, seul sous un arbre se terre,
Regardant la dépression creuser en lui un profond cratère.
Une question chaque jour de sa vie le taraude et le tourmente,
Si en finir il devrait, comme lui ordonne sa tristesse véhémente.
Ils m’ont tous blessé et trahis, cette bande de pantins ridicules !
Sur mon royaume et mes rêves ils ont jetés un sombre crépuscule !
Et tous ces Judas qui viennent à ma porte quémander ma clémence,
Retournez donc au fond des bois, pour vivre votre romance !
J’en ai fini avec cette bastide, avec ce fief, ces assujettis et Excalibur !
Demain j’échoue au test de sacerdoce et m’en vais trouver ma progéniture.
Le voilà mon objectif et mon réel souhait, ma mission et ma vocation,
Trop longtemps j’ai vécu sans me pencher sur cette interrogation.
C’est décider, je pars trouver celui ou celle qui manque à ma vie,
Je pars visiter les échos du passé, j’y mets toute mon énergie.
À travers la campagne les sublimes caresses je reconnais,
Le paternel, un phare, mon histoire qui rayonnait.
Mais c’est fini, le petit espoir vient de lâcher ma main,
Il emporte toute ma joie, je ne le retrouve pas au matin.
La nuit dans mes rêves les plus lumineux il me retrouve,
Le jour sans lui, tant de douleur et d’amertume j’éprouve.
J’ai peut-être tout abandonné pour prendre entre mes phalanges ses petits poignets,
J’ai échoué, mais je ne veux pas qu’on dise que je n’ai rien fait.
Poème n°6
Au milieu de la bataille j’entends les épées siffler,
Des étincelles volent au contact brutal de l’acier.
Les sabots des chevaux s’enfoncent dans la boue,
Ce soir c’est la guerre, c’est l’ours contre le loup.
Au milieu du carnage des tactiques militaires,
Un credo dangereux, violent, inutile et délétère.
Sonnant le cor, agitant les drapeaux, ils agissent,
Une flèche m’atteint, les dieux attendent que je périsse.
Elle est là, c’est bien pour moi ce soir qu’elle est venue,
Dans sa robe sombre, coiffé des cinq doigts et pied nus.
La déesse de la mort, la fée noire vient prendre mon âme,
Suis-je un héros du pays, ou bien est-ce que l’on me blâme ?
Qu’est-ce donc que cet étrange songe qui me hante ?
Où vais-je, quelle est donc cette terrible descente ?
Non je ne pense pas être prêt, ce n’est pas mon heure,
Tant de chose il me reste à faire, j’ai trop sur le cœur.
Je repense aux beaux paysages de mon pays natal,
Je n’ai pas envie maintenant de subir un destin si fatal.
Je porte l’important rôle de missionnaire céleste,
Et si toutes ces épreuves n’étaient que des tests ?
Poème n°7
Allongé au milieu de l’herbe, j’observe les cieux,
Un luth dans les mains, une divine mélodie je joue.
D’émotions profondes je remplis l’espace et le lieu,
De mélancolie je me remplis, j’en deviens presque saoul.
Au bord d’un lac, mes pieds trempent dans l’eau,
Sur les reflets des nuages, mes pensées nagent.
De tout en bas du bassin, un halo surgit des flots,
Du milieu de l’étang trône un rocher depuis bien des âges.
Sur un banc, à l’ombre d’un arbre je fais des rêves,
Entouré d’air frais, de fleurs et d’un doux parfum.
Des images me hantent, j’aimerais tellement une trêve,
Des mes espoirs et mes attentes, il ne reste plus que des défunts.
Poème n°8
La table est ronde, mais je ne vois personne en face de moi,
Je commande et dirige seul les autres gens, c’est moi le roi.
L’immense foule sur la plage m’acclame tel un héros divin,
Mais en face d’eux je suis seul, je n’ai vraiment rien de devin.
Sur le trône je siège et accueille tous les maux du royaume,
Personne pour m’aider, mais j’ai le monde dans ma paume.
Aux commandes d’une armée je recherche la coupe céleste,
Mais seul j’ai l’impression d’avancer vers un sort funeste.
Dans les couloirs sombres des souterrains je m’enfonce,
La torche à la main je me retourne mais pas de réponses.
Seul moi peux la voir, les autres me prennent pour un fou,
Le ciel au-dessus de moi détourne le regard et m’absous.
Depuis que j’ai quitté les contrées chaudes, elle me manque,
Sans elle à mes côtés, ma peine et ma tristesse augmentent.
Dans mon lit la nuit, je ne suis pourtant pas tout seul,
Mais je me retourne et j’ai l’impression de voir un linceul.
Des amies je me suis fait, ensemble on marche entre les haies,
Mais malgré les baisers et les câlins, je doute de leur sincérité.
J’ai désespérément recherché la personne qui me comprend,
Le destin montre, fait espérer, donne espoir, et puis reprend.
J’ai parcouru toute l’île en solitaire pour trouver ce trésor,
Je rentre épuisé et abattu, sans même que l’on m’honore.
Sans personne à mes côtés, continuer ne sert plus à rien,
Sortez de la pièce, laissez-moi, j’aimerais prendre un bain.
J’ai navigué à travers les étoiles dans le noir complet,
Seul nous sommes ? Je trouve ça un peu trop simplet.
Peut-être n’ai-je jamais rencontré personne dans ma vie,
Quand mes pensées sont obscures c’est moi qui tiens la bougie.
Dans un lit je suis bien seul, sous la couverture et le temps,
Les ai-je seulement déjà vu auparavant ?
Poème n°9
Allongé, comme à mon habitude, dans une grande cuve,
Je m’enfonce dans l’eau, comme si on avait ouvert l’écluse.
La grande et épaisse porte en bois massif est bien fermée,
Derrière cette serrure, au château je ne veux plus gouverner.
La pièce se remplit peu à peu de cette étouffante brume,
Dans cette eau chaude commence donc ma vie posthume.
Je sors de dessous les bulles la lame providentielle,
Mon bras se tend, et est prêt pour l’ordre confidentiel.
Mon corps s’affaisse sur lui-même et se met à couler,
Je sens que mon temps sur terre est bientôt écoulé.
Ma main tombe dans le vide, et le sang coule à flots,
Mon visage est livide, mes yeux ne disent plus un mot.
Je les vois tous, juste là devant mes yeux et mon regard,
Ils ont toujours été là, mais ils ont juste un peu de retard.
J’emporte avec moi toutes mes peurs et mes secrets,
Je pars le cœur lourd, l’âme à bout, mais sans regret.
Je pense aux douces contrées vertes et au chant des oiseaux,
Qui me sert d’abri pendant que je retourne au berceau.
Maintenant je navigue à travers des centaines d’étoiles,
Je vole dans le ciel et vais retrouver le doux mistral.
Sans vie je plonge dans les mers et les océans sans fin,
Une promesse en tête, je quémande l’aide des dauphins.
J’observe tous ces esprits lumineux qui m’accompagne,
Je ressens toutes leurs prières qui m’aident et me soignent.
Mais voilà que je sombre à nouveau dans le noir complet,
Comme si j’étais nu en hiver, mon corps se met à trembler.
Je sens en moi l’immense tristesse des soirées d’automne,
Tout autour de moi devient toujours plus sombre et je tâtonne.
La vie me quitte, je n’éprouve désormais plus que du froid,
Mon corps sera bientôt inerte, comme celui sur la croix.
Mais mon poignet semble être saisi par le destin,
Je ressens une chaleur incandescente, mais je suis incertain.
Poème n°10
Je vis encore, et comme toujours je suis allongé,
Je me réveille avec à mes pieds mes chroniques.
Engourdi dans ma couette, rien n’a vraiment changé,
Il n’y a plus de roi, plus de héros, plus d’attente messianique.
Ils sont tous venus, un par un à mon chevet,
Me parler longtemps de ma mine affaiblie et caduque.
Ils viennent m’arracher à mon sommeil alors que je dormais,
J’étais paisible, je ne vivais plus au travers des vicissitudes.
Mais le fou est revenu et veux s’en prendre à moi,
Je prends la mer dans une barque, vers ma résurrection.
Loin, je retrouve une robe rouge et je sais qu’elle est à toi,
De nouveau je serai le héros des enfants, puisque c’est votre prédilection !
Poème n°11
On m’a fait quitter la terre où j’ai grandi,
pour me rapprocher de cette terrible maladie.
On m’a fait rencontrer l’une des plus belles femmes,
pour me la reprendre de manière injuste et infâme.
On m’a fait suivre les enseignements du vieil empereur,
tout ça pour m’envoyer très loin vivre dans l’horreur.
J’y suis donc allé sur cette lointaine île maudite,
pour m’y marier de façon beaucoup trop subite.
J’y ai construit un château avec des murailles,
pour y faire rentrer tout plein de bigailles.
J’y ai bâti une table ronde faite de bon bois,
tout ça pour faire de moi, le suzerain, le chef, le roi.
Je leur ai expliqué mainte et mainte fois le but,
pour que tout soit déjà perdu dès le début.
Je leur ai donné armures, honneurs et titres,
pour que leurs légendes écrivent des chapitres.
Je leur ai offert ma protection, mon amour et mon esprit,
tout ça pour rester dans ma tour d’ivoire un incompris.
Ils n’ont jamais réussi à trouver une seule piste,
pour faire de moi un clown et me rendre triste.
Ils ont toujours agi dans leur coin juste pour leur profit,
pour se rendre riche et écrire une bien mauvaise autobiographie.
Ils m’ont laissé tomber alors que j’avais besoin d’eux,
tout ça pour m’abandonner et me laisser à un futur hasardeux.
Vous m’avez tous fuit alors que je vous offrais le paradis !
Vous avez trahi vos dieux, vos engagements et votre honneur !
Vous n’avez que faire de cette quête céleste et ce vase antique !
Vous préférez errer dans les cuisines à vous gonfler la bourse et le ventre !
Vous m’avez brisé le cœur alors que celui-ci était déjà en miettes !
Et vous aussi vous avez détourné votre regard et vous m’avez maudit !
Mais toi tu aurais pu me rendre heureux,
alors pourquoi ai-je du te rechercher si longtemps ?
Seulement toi avait la possibilité de me réconforter,
alors pourquoi quand j’étais là tu n’es pas venus ?
Toi, tu étais celui qui occupait tous mes rêves et me rendais l’espoir,
mais tu n’aurais jamais pu être là, alors pourquoi ?
Poème n°12
Parce que je voulais tant te rencontrer mon cher enfant,
Alors pendant ce temps j’ai enseigné à un autre innocent.
Tôt dans ma vie l’homme des bois m’a conduit vers mon destin,
Dans ma jeunesse je me suis marié avec Elle en tant que clandestin.
Vous, je ne vous oublie pas et pense à vous, même à toi le fou,
Maintenant j’ai trouvé la Réponse et me repose jusqu’à ce qu’hier m’absous.

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