Introduction à l’introduction sur l’histoire de Port-Royal

,

Oui, l’histoire de Port-Royal est si complexe que je juge nécessaire d’introduire une future série d’articles introductifs à l’histoire de Port-Royal. Il s’agit de donner quelques clés de lecture, quelques dates, quelques repères chronologiques pour celles et ceux qui ne connaîtraient absolument pas ce qu’est Port-Royal. Précisons dès maintenant qu’il n’est question que de l’abbaye de Port-Royal ; cette introduction à l’introduction ne fera que mentionner très succinctement le jansénisme.

Vue de l’abbaye de Port-Royal des Champs (Anonyme, d’après Louise-Madeleine Hortemels, XVIIIe siècle)

De la fondation à la réforme

L’abbaye de Port-Royal est fondée au début du XIIIe siècle dans la vallée de Chevreuse par des seigneurs locaux, Mathieu Ier de Marly et sa femme Mathilde de Garlande, avec le soutien de l’évêque de Paris, Eudes de Sully. Le monastère est rapidement rattaché à l’ordre de Cîteaux et placé sous l’autorité de l’abbaye masculine cistercienne des Vaux-de-Cernay, à quelques kilomètres au sud de Port-Royal. Nous ne savons pas grand-chose de la période médiévale de Port-Royal, si ce n’est qu’elle devient une riche abbaye possédant de nombreuses terres aux alentours. L’histoire de Port-Royal commence véritablement à la toute fin du XVIe siècle, lorsque la famille Arnauld, proche du roi Henri IV, décide de placer l’une de leurs filles, Jacqueline, à la tête du monastère. Cette dernière devient abbesse de Port-Royal en 1602, à l’âge de onze ans, sous le nom de mère Angélique. Initialement non attirée par la vie au couvent, elle se convertit intérieurement en 1608 et décide d’entreprendre la réforme de son monastère. Cela signifie qu’elle réintroduit la stricte observance des règles de saint Benoît, non appliquées à la lettre depuis quelques décennies. On y trouve notamment la communauté de biens, le vœu de silence ou bien encore la clôture monastique. Cette dernière règle est illustrée par la fameuse « Journée du Guichet », le 25 septembre 1609, lorsque la mère Angélique interdit l’entrée à l’intérieur de l’abbaye à ses parents, de simples laïcs. Suite à cela, la réforme de Port-Royal connaît un franc succès qui résonne dans tout le royaume de France, à tel point que la mère Angélique est appelée pour entreprendre la réforme d’autres monastères.

Portrait de la mère Angélique Arnaud (1591-1661), abbesse de Port-Royal, par Philippe de Champaigne

De la réforme à la destruction

La réforme de la mère Angélique rend en quelque sorte l’abbaye de Port-Royal célèbre et la communauté religieuse connaît l’arrivée de nombreuses moniales et novices dans les années 1610 et 1620. Cependant, les bâtiments monastiques deviennent étroits, vétustes et subissent l’humidité de la vallée. Suite à une épidémie de paludisme coûtant la vie à plusieurs religieuses, la décision est prise en 1625 de déménager la communauté à Paris, dans un hôtel du faubourg Saint-Jacques (faisant aujourd’hui partie de l’hôpital Cochin, dans le 14e arrondissement). Cette décision permet également à la mère Angélique de placer l’abbaye sous l’autorité directe de l’archevêque de Paris, et de se soustraire à celle des supérieurs de l’ordre de Cîteaux, considérant qu’ils la freinent dans sa réforme du monastère. Il faut attendre 1648, près de vingt-cinq ans plus tard, pour qu’une partie des religieuses retournent à l’abbaye de la vallée de Chevreuse. Dès lors, la communauté religieuse est répartie en deux lieux, Port-Royal des Champs et Port-Royal de Paris, mais toujours sous l’autorité d’une seule mère abbesse. Les années 1640 et 1650 sont également la période où l’abbaye de Port-Royal se retrouve impliquée dans la « controverse janséniste » (que nous ne détaillerons pas ici). Disons simplement que plusieurs personnalités proches du monastère, comme l’abbé de Saint-Cyran, leur directeur spirituel à la fin des années 1630, ou bien Antoine Arnauld, théologien et philosophe, mais surtout petit frère de la mère Angélique, rapproche l’abbaye de la controverse. Les religieuses assistent de loin aux débats portant sur l’attribution de propositions hérétiques à l’évêque d’Ypres Cornelius Jansen, décédé depuis 1638, auxquels participent nombres de leurs proches parents et amis, ces derniers étant considérés comme des « disciples » du théologien hollandais. Projet se révélant bien plus politique que religieux, Mazarin puis Louis XIV ordonnent à tous les ecclésiastiques du royaume de France la signature d’un formulaire attribuant formellement cinq propositions hérétiques à Jansénius. Certaines religieuses acceptent, mais la plupart sont plus récalcitrantes, voulant bien signer par respect du roi et du pape, mais avouant n’être pas d’accord avec eux sur le fond. Une telle insolence n’est pas tolérable pour le futur Roi Soleil, qui n’a dès lors de cesse de persécuter Port-Royal, malgré la protection de certaines personnalités les plus importantes du royaume, notamment la duchesse de Longueville sa cousine. La communauté se divise aussi en interne, les religieuses « fidèles » au roi se réunissant au monastère parisien, tandis que les autres, la majorité, est regroupées aux Champs sous surveillance policière. Après une période d’accalmie dans les années 1670, les persécutions s’accélèrent, jusqu’à la suppression de l’abbaye de Port-Royal des Champs en 1708, l’expulsion de sa communauté en 1709, suivi par la destruction des bâtiments monastiques entre 1710 et 1713.

Destruction de l’abbaye de Port-Royal des Champs en 1711 (Anonyme, XVIIIe siècle)

De la destruction au musée national

Après la destruction de Port-Royal des Champs au début du XVIIIe siècle, toutes ses terres et ses revenus reviennent à l’abbaye de Port-Royal de Paris, toujours existante car restée « fidèle » à Louis XIV. Le reste de son histoire est assez discrète jusqu’à la Révolution, où les biens de l’Église sont saisis. Le couvent parisien sert de prison entre 1790 à 1795, avant de devenir la maternité Port-Royal. L’ancien site des Champs, vendu comme bien national en 1791, est lui acquis par Louis Silvy et la Société de Port-Royal au cours des années 1820, dans l’objectif d’honorer la mémoire des lieux, en y établissant un premier musée. Surplombant les ruines de l’abbaye, la ferme dit des Granges, ancien emplacement des Petites Écoles et demeure du groupe des Solitaires de Port-Royal (qui feront l’objet d’un futur article introductif), passe successivement entre les mains de la famille Famin puis Goupil au XIXe siècle, avant d’être racheté par l’État en 1952. C’est le début d’un projet de musée national, confié à l’historien de l’art Bernard Dorival, qui ouvre dix ans plus tard en 1962, ce dernier en étant le premier directeur et conservateur. En 2004, la Société de Port-Royal fait don des ruines de l’abbaye à l’État, permettant ainsi de réunir les deux sites sous la gestion du musée national. Récemment, le Musée National de Port-Royal des Champs a connu d’importants travaux de rénovation et les visiteurs peuvent découvrir la nouvelle muséographie depuis sa réouverture en septembre 2025.

Nouvelle muséographie du Musée National de Port-Royal des Champs depuis septembre 2025 – © GrandPalaisRmn (musée de Port-Royal des Champs) / Franck Raux

Je conseille la lecture du volume 54 des Chroniques de Port-Royal, revue annuelle de la Société des Amis de Port-Royal, paru en 2004 à l’occasion du don des ruines de l’abbaye ; notamment, concernant l’histoire récente du lieu, les articles « L’histoire de Port-Royal des Champs » (par Marie-José Michel, p. 27 à 33), « Les Petites Écoles et la ferme des Granges » (par Thérèse Picquenard, p. 57 à 73) et « Il y a cent ans, au château des Granges » (par Véronique Alemany, p. 151 à 167).

Par

Laisser un commentaire